le journal de la session

 
26 août 27 août 28 août 29 août 30 août 31 août 1 septembre
2 septembre 3 septembre 4 septembre 5 septembre 6 septembre 7 septembre 8 septembre
9 septembre 10 septembre 11 septembre 12 septembre 13 septembre 14 septembre 15 septembre
 
15 septembre 07         

A la découverte de l’Assomption en Orient

La session de découverte de la mission d’Orient a rassemblé quarante sœurs et frères de douze pays à Plovdiv en Bulgarie, pendant trois semaines. C’est dire que le groupe ne passait pas inaperçu, en particulier nos frères et sœurs d’Afrique et d’Asie ! Organisé par le Conseil Général des Augustins de l’Assomption, il s’est enrichi des sœurs Oblates, dont beaucoup de sœurs préparant leurs vœux perpétuels.
Merci Seigneur pour le travail d’organisation de ceux qui ont porté la responsabilité de cette session, en premier lieu le P. André Brombart au Conseil Général, le P. Julio Navarro, le P. Bernard Le Leannec – délégué de la Province de France pour la mission d’Orient, sœur Bernadetta au Conseil Général des Oblates, les sœurs Anna et Eugenia de la communauté oblates de Plovdiv, les P. Petar, Claudio et Daniel de la communauté assomptionniste de Plovdiv.

Merci Seigneur pour l’organisation de ce stage dans un lieu de la mission d’Orient.
Merci d’avoir pu vivre cette session entre frères et sœurs.
Merci de nous avoir rassemblés de tant de provinces et de pays, merci pour la prière multicolore, merci pour ces trois semaines ensemble.

Merci Seigneur pour les frères et les sœurs qui ont vécu en Orient, merci pour leurs vies données.
Merci pour les frères et les sœurs qui ont refondé nos communautés, - celles et ceux qui ont porté l’épreuve du communisme et qui déjà âgés ont voulu recommencer à vivre en communauté, - celles et ceux qui sont venus de l’étranger.

Merci pour la qualité des interventions, pour la passion des intervenants.
Merci Seigneur pour les petites mains invisibles qui ont préparé tous les jours nos repas, qui ont entretenu la maison et le linge – Lubcho, nos deux cuisinières Tzvetanka et Pepa, Eynar, Boris, Girgana, ainsi que nos frères et sœurs de Plovdiv.

Merci Seigneur pour celles et ceux qui nous ont accueillis, Mgr Christo responsable de l’Eglise Catholique Orientale de Bulgarie, Mgr Georgi évêque latin de Plovdiv, le Père Evlogi higoumène du monastère de Rila, les habitants du petit village de Pokrovan dont la rencontre reste pour nous inoubliable, les communautés chrétiennes de Kouklen, de Wakoski, les sœurs eucharistines à Sofia, les sœurs de Mère Teresa à Plovdiv.

Pardon Seigneur pour notre négligence de cette mission, de nos frères et sœurs en Orient.
Pardon Seigneur pour notre oubli de l’Orient, de ses Eglises, de nos frères catholiques orientaux, de nos frères chrétiens orthodoxes.
Pardon pour notre négligence des dons que tu fais à toute ton Eglise dans les Eglises d’Orient.

Pardon de ne pas accueillir le désir de l’unité que tu as donné à nos congrégations, dans nos communautés, dans notre travail, dans notre prière.
Pardon pour nos manques d’attention à ton Esprit Saint.
Pardon Seigneur pour nos découragements et nos satisfactions faciles – la force de la foi et la sève qui coulent dans les communautés chrétiennes que nous avons rencontrées nous interpellent.
Pardon Seigneur pour notre oubli de la vie donnée de nos frères et sœurs en Orient, et en particulier pardon pour notre oubli de nos trois frères bulgares martyrs, Pavel, Kamen et Josaphat.

S’il te plaît Seigneur, que la mission d’Orient nous devienne suffisamment proche pour nous stimuler dans nos engagements.
S’il te plaît Seigneur, que nos congrégations restent fidèles à cette mission que tu leur as confiée, qu’elles avancent résolument sur le chemin d’humilité et de foi qui la caractérise – c’est ton chemin, Seigneur.
S’il te plaît, que grandisse notre affection pour les Eglises d’Orient et pour leurs peuples.
S’il te plaît, lie-nous aux communautés chrétiennes, aux frères et aux sœurs que nous avons rencontrées ici, que nous portions dans notre prière ton souci et ta sollicitude pour eux.

S’il te plaît, renforce en nous la certitude que la mission de nos congrégations en Orient suit ta volonté, donne-nous la force de partager cette conviction et d’appeler à ton service.
S’il te plaît Seigneur, fais grandir, fais brûler en nous le désir de l’unité.
S’il te plaît Seigneur, fais-nous porter un regard de foi sur l’histoire de nos congrégations, nous croyons que tu nous rencontres dans cette histoire, aide-nous à en être les héritiers.

« Seigneur, Toi qui bénis ceux qui Te bénissent et sanctifies ceux qui mettent leur confiance en Toi, sauve Ton peuple et bénis Ton héritage. Garde la plénitude de Ton Eglise ; sanctifies ceux qui aiment la beauté de Ta maison et glorifie-les en retour par Ta divine puissance. Ne nous abandonne pas, nous qui espérons en Toi.
Donne la paix au monde, à Tes Eglises, aux prêtres et à tout Ton peuple.
Car toute grâce et tout don parfait viennent d’en-haut et procèdent de Toi, Père des lumières. Et nous Te rendons grâce et nous T’adorons, Père, Fils et Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
»
Divine Liturgie de S. Jean Chrysostome

 

14  septembre 07         

OTCHE YOSSIF

 

Otche Yossif – le Père Yossif – est devenu peintre.

Il était prêtre catholique latin dans un gros village de quelques milliers d’habitants à une quinzaine de kilomètres de Plovdiv. Quand arriva le communisme, comme un long, un interminable hiver, le Père Yossif est devenu peintre. Non sous la contrainte du régime ou pour gagner son pain. Il croyait au printemps, il croyait à la vie, parce qu’il savait qu’elle est un don de Dieu et que Dieu ne revient pas sur ses promesses. Alors le Père Yossif commença à repeindre l’église de sa paroisse : le plafond en bleu ciel, avec de légers nuages blancs, les murs en vert, une couleur de feuilles nouvelles, et sur tous les murs de grandes fresques présentant des scènes de l’Evangile et de l’histoire d’Israël. Puis il peignit l’église du village voisin. Et ainsi de suite : on dit qu’il a repeint toutes les églises latines de Bulgarie.

Le catéchisme était interdit, les réunions publiques surveillées, vivre était difficile: dans ses églises, il faisait toujours beau. Notre histoire est un parcours dans la vie de Dieu. Une vie cachée, une vie combattue parfois, une vie qu’on peut même croire vaincue. Mais Dieu vit dans notre histoire comme une invincible espérance.

13  septembre 07         

UNITATE ! UNITATE !

Lorsque Jean Paul II s’est rendu en Roumanie en mai 1999, les relations entre l’Eglise Catholique et l’Eglise Orthodoxe de Roumanie étaient difficiles.

Quelques années auparavant, les diocèses catholiques devaient publier des brochures pour affirmer que les catholiques étaient bien roumains.

Mais un événement aussi inattendu qu’exceptionnel se produisit.

La journée avait vu se succéder la Divine Liturgie puis la messe latine, le pape et le patriarche orthodoxe étaient présents à l’une et à l’autre.

Jean-Paul II prononçait un discours sur une grande place de Bucarest en présence du patriarche, quand un cri s’éleva avant d’être repris par la foule : « unitate ! unitate ! ».

Unité. Unité dans l’Eglise, mais pas seulement : les querelles religieuses, les différences entre les régions, les questions posées à l’identité nationale blessaient le pays.
Le désir d’unité est inséparable de la paix du Christ à laquelle nous avons tous été appelés pour former en lui un seul corps, - une paix qui exige l’effort de la réconciliation, qui demande la miséricorde. Le désir de l’unité ne vit pas en Orient comme dans quelque écosystème particulier.

 Il est aux racines de la foi chrétienne.

Dans nos congrégations, il coule dans la sève augustinienne de notre vie commune ; il s’est exprimé dans la mission d’Orient.
Nous avons à recueillir en nous le désir de l’unité et à le cultiver. Il est un trait essentiel de l’identité de nos congrégations, un don qui leur a été fait par le Seigneur.

Car ce désir est celui du Père, c’est celui du Fils, et c’est celui de l’Esprit Saint. Il prendra forme dans le contexte de vie qui est le nôtre. Comme nous le rappelait sœur Felicia, provinciale de Roumanie, il concerne tout autant la vie commune que les relations entre les Eglises : « l’œcuménisme commence à la maison ».
 

12  septembre 07         
 

LE TEMPS DES QUESTIONS

Au début de cette dernière semaine de notre session, nous avons pris le temps des questions. Comment comprenons-nous la mission d’Orient, ses buts et ses engagements ?

Nous sentions-nous concernés par cette mission de nos deux congrégations ?

La mission d’Orient a pris pour nous un visage, et ce visage ne laisse pas indifférent.

Visage ou icône du Christ ; il faut aller jusque là tant les traits que présentent la mission d’Orient sont profondément évangéliques.

Cela est une expérience difficile à partager, mais tous, nous savons que le Christ agissant au cœur de nos vies et au cœur de l’histoire donne à celles-ci, parfois, les traits uniques de son visage.
Qui donc est cet homme qui nous entraîne vers Jérusalem en nous annonçant sa passion ?

Est-ce lui le sauveur, le plus beau des enfants des hommes que nous attendons ?

Lui dont les paroles troublent et donnent la force de partir à sa suite ?

Lui qui n’a rien pour séduire et qui pourtant nous attire ? Nos prédécesseurs ; frères et sœurs, ont reconnu le Christ dans ces pays et ces Eglises d’Orient. Sans cela, ils ne seraient pas partis ou ils ne seraient pas restés. Qu’en sera-t-il pour nous ?

Face aux appels de la mission d’Orient, nous sommes un peu comme les disciples à la suite du Christ : au fil de sa découverte, c’est maintenant le temps des questions, mais nous avançons.

 

11   septembre 07         
 

Panorama de la mission

Le panorama que nous avons fait des pays de la mission d’Orient a fait ressortir un trait étonnant. Du fait de la mondialisation, des communautés chrétiennes étrangères sont de plus en plus nombreuses dans certains pays orthodoxes.

C’est notamment le cas en Grèce, les catholiques ne représentent que 0,5 % de la population grecque, mais entre 2 et 3 % si l’on compte les catholiques d’origine étrangère immigrés en Grèce. C’est aussi le cas à Moscou où la paroisse de Saint Louis des Français accueille des vietnamiens, nombreux à émigrer à Moscou.
Les communautés de la mission d’Orient rassemblent des frères et des sœurs de différents pays voire de plusieurs continents.

 

 

 

 

 

 

 

 

communauté de Moscou en 2005

 L’histoire montre que nos communautés en Orient ont toujours été internationales. Mais aujourd’hui, plus qu’hier sans doute, ce trait peut être un signe visible que la communion dans la diversité est possible ; ou au moins, qu’elle vaut la peine d’être recherchée. Cela peut être un signe vivant de catholicité.
 

10  septembre 07         
 

LE TEMPS DES QUESTIONS

Au début de cette dernière semaine de notre session, nous avons pris le temps des questions. Comment comprenons-nous la mission d’Orient, ses buts et ses engagements ?

Nous sentions-nous concernés par cette mission de nos deux congrégations ?

La mission d’Orient a pris pour nous un visage, et ce visage ne laisse pas indifférent.

Visage ou icône du Christ ; il faut aller jusque là tant les traits que présentent la mission d’Orient sont profondément évangéliques.

Cela est une expérience difficile à partager, mais tous, nous savons que le Christ agissant au cœur de nos vies et au cœur de l’histoire donne à celles-ci, parfois, les traits uniques de son visage.
Qui donc est cet homme qui nous entraîne vers Jérusalem en nous annonçant sa passion ?

Est-ce lui le sauveur, le plus beau des enfants des hommes que nous attendons ?

Lui dont les paroles troublent et donnent la force de partir à sa suite ?

Lui qui n’a rien pour séduire et qui pourtant nous attire ?

Nos prédécesseurs ; frères et sœurs, ont reconnu le Christ dans ces pays et ces Eglises d’Orient. Sans cela, ils ne seraient pas partis ou ils ne seraient pas restés.

Qu’en sera-t-il pour nous ?

Face aux appels de la mission d’Orient, nous sommes un peu comme les disciples à la suite du Christ : au fil de sa découverte, c’est maintenant le temps des questions, mais nous avançons.

 

 septembre 07         
 

RETOUR AUX SOURCES

Imaginez un haut lieu de votre Eglise devant lequel une file de cinquante mètres attend.

Au monastère de Bachkovo, une des trois sources de l’orthodoxie en Bulgarie, c’était le cas ce dimanche. La file aboutissait dans l’église au centre du monastère, devant une icône de la Mère de Dieu. Un homme s’avance devant l’icône, hésitant, sans trop savoir quoi faire, enfin il caresse l’icône de la main, il se signe et s’écarte.
Touriste ? Fidèle ? A Bachkovo, cette frontière bouge. En couple, en famille, on se presse ce dimanche pour visiter un haut lieu de l’histoire et de l’identité bulgares, mais c’est aussi la foi orthodoxe que l’on rencontre. Pour cet homme mal habitué à la vénération des icônes, ce fut peut-être comme un retour aux sources.
 

JEAN XXIII

Quand Mgr Roncalli arrive en Bulgarie en 1925, la situation de l’Eglise catholique byzantine comme celle de l’ensemble du pays est dramatique. La Macédoine est prise par la Grèce et le sud de la plaine de la Thrace est retourné à la Turquie.

Les refugiés bulgares sont très nombreux ; à cette époque, la moitié peut-être des fidèles de l’Eglise catholique byzantine sont des réfugiés. En un an, il va aider l’Eglise à se réorganiser : des trois diocèses, il forme un exarcat – une unité, une Eglise – et il favorise la nomination du premier responsable de cette Eglise, Mgr Kiril Kourtev.
La naissance de l’Eglise uniate de Bulgarie avait été un mouvement vers Rome. Mais voici qu’avec Mgr Roncalli c’est Rome qui vient vers les fidèles catholiques de Bulgarie. Et Rome a le visage souriant de cet homme qui aime la rencontre, fidèle en amitié. Pour cette Eglise, son attachement à Rome et la fidélité à son identité ont pris les traits de Jean XXIII.
Au sortir du communisme, l’Eglise avait été terriblement ébranlée. Il y avait des hommes pour relever l’exarchat, mais pas de bâtiment : c’est dans la première résidence à Sofia de Mgr Roncalli que l’exarcat se réinstalla. C’est aussi sur un terrain qu’il avait acheté à Sofia que les sœurs eucharistines bulgares purent construire un nouveau couvent et une nouvelle église après la spoliation de leur première maison. Un terrain où poser ses deux pieds et le souvenir vivifiant de ce serviteur de Dieu ont aidé ces hommes et ces femmes à se relever. Et sa prière les soutient.

 

septembre 07         
 

LA SPLENDEUR DE LA RENCONTRE

Elles viennent de se réveiller. Les voilà devant la porte, leur lampe à la main, toutes jeunes dans leurs habits de fête. Elles ont du ajouter de l’huile car la lumière de leurs lampes fait briller leurs visages. Elles attendent, et la joie et la paix montent dans leurs cœurs.

Dans la nuit, on voit l’éclat de la noce qui avance et on entend les chants de fête qui annoncent l’époux.
Aujourd’hui, c’est la Nativité de Marie, nous avons décidé de la fêter avec nos frères orthodoxes. Par petits groupes, nous étions répartis entre différentes églises de Plovdiv. Lorsque nous sommes entrés dans la petite église orthodoxe où nous allions, nous sommes entrés dans la lumière et les chants. Nous déposons chacun un petit cierge au fond de l’église, et nous nous tournons vers la porte au centre de l’iconostase. Les chants du chœur à la tribune de l’église et les chants des prêtres de l’autre côté de l’iconostase ne cessent pas. L’église se remplit peu à peu, on se serre pour libérer le passage à la Parole de Dieu puis aux offrandes qui sortent en procession de l’iconostase avant d’y retourner par la porte centrale. On l’attend, et on sait au plus profond de soi qu’il nous attend, depuis toujours, et que lui le premier nous a aimés.
Dans l’histoire d’un peuple ou dans l’histoire d’un homme, un jour, Dieu nous a rencontrés, et ce jour rayonne encore. Nos frères orthodoxes célèbrent le souvenir de cette rencontre. Dieu et l’homme se désirent, s’attendent, s’appellent et se rencontrent en Jésus Christ et dans son Eglise. Notre foi est née de cette rencontre. Elle est aussi le fil rouge de nos vies. Puissions-nous ne jamais oublier la splendeur de la rencontre

 

7    septembre 07         
 

Là où est ton trésor

Les communautés des frères et des sœurs à Plovdiv se trouvent dans le même quartier que deux universités – dont l’une est l’ancien collège Saint Augustin. La reprise des cours approche et on voit de plus en plus de belles jeunes femmes et de jeunes hommes athlétiques passer dans les rues. Ils sont nombreux aussi dans le centre ville, animé et commerçant – puis une question vient à l’esprit : où sont les personnes âgées ? Elles qui sont parmi les plus pauvres en Bulgarie. Jeunesse et canon de la beauté ; vieillesse et marginalisation. « Là où est ton trésor, là est ton cœur. »
Le Père Galabert a côtoyé dans la Bulgarie des années 1860 les plus puissants et les plus faibles ; son journal nous le montre reçu par des notables et quelques jours après visitant un village éloigné. Quelle liberté ! Le Père Pie Neveu, encore novice, demandait en 1896 à partir en Russie, en disant qu’il « appartenait de fait et de droit au rite latin mais qu’il était de cœur et de désir du rite slave ». On sait comment il est resté dans ce pays pendant la révolution bolchévique, la guerre civile, le communisme. Le Père Sévérien Salaville a profondément étudié les liturgies orientales dans les années 1920-1940 ; en étudiant les liturgies de l’eucharistie, il a pu montrer que des oppositions considérées comme traditionnelles entre les traditions orientales et la tradition latine, cachaient en fait de profonds points communs. Tous avaient leur trésor dans le règne du Christ, et lui a dilaté leur cœur.

 

6 septembre 07         
 

A MI PARCOURS
 
Au contraire du Tour de France, pas de grupetto lâché dans les rudes pentes des cols byzantins, au milieu de notre Tour de la Mission d’Orient. Nous avançons ensemble.

Il faut dire que notre chemin a été bien préparé : nous sommes entrés par la porte humble de la réalité vivante, et modeste, de l’Eglise catholique byzantine en Bulgarie.

L’accueil de nos frères et de nos sœurs à Plovdiv est remarquable, et chacun se sent ici chez soi. Bien sûr, le mélange des langues donne parfois à notre assemblée un air de Babel ; mais aussi de Pentecôte lorsque s’élève dans l’Eglise un chant français, swahili ou espagnol au seul Seigneur. Un chœur de sœurs congolaises au cœur de la divine liturgie : quel beau résumé de notre présence ici !

La fatigue commençait à se faire sentir : nos frères chiliens ont introduits entre les conférences de petits chants joyeux où l’on se donne la bénédiction à larges embrassades, où l’esprit et le corps se réveillent ensemble.
Nous rendons grâce à Dieu pour tout cela : il nous accueille dans la seule terre qui soit à tous, celle de l’amitié, celle de l’accueil de l’autre, celle de la confiance – la terre que son Fils nous a donnée.

 

 
5 septembre 07         
 

QUE VEUX-TU QUE JE FASSE POUR TOI ?

Figures de la mission d’Orient, le Père Pavel Christoff Portalier et le Père Louis Petit étonnent par leur sens du besoin de l’autre. Le Père Christophe Portalier s’était fait bulgare parmi les bulgares, jusqu’à changer de nom. Le temps était à la guerre, les crises successives dans les Balkans masquaient sous les enjeux politiques la situation réelle.

Le Père Pavel Christoff attira l’attention sur la détresse du peuple. Il essaya de mieux le faire connaître: de lui donner un visage d’hommes et de femmes, au-delà de tous les débats politique et religieux. Le Père Louis Petit arriva à Istambul à la fin du 19° siècle, sur le site de l’ancienne Chalcédoine, occupé alors par un quartier musulman.

Cette fondation devait être un séminaire pour prêtres grecs et bulgares en vue de ramener leurs communautés vers l’Eglise catholique.

Entre la mythique Chalcédoine de l’Eglise indivise et l’Istambul musulman qu’il découvrait, le Père Louis Petit comprit l’importance décisive de la période médiévale.

Pour rapprocher les Eglises orientales de Rome, il fallait partir à la recherche du christianisme byzantin qui avait dessiné leur identité. Son intuition fit naître l’Institut des Etudes Byzantines qui, pendant un siècle, explora cette période mal connue de l’histoire du christianisme.

Travail providentiel !

Car, après les années de destruction de la mémoire et du patrimoine orthodoxes par les régimes communistes, les Eglises d’Orient trouvèrent une aide précieuse dans ce travail pour renouer avec leur passé.
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Cette question de Jésus est au cœur de la mission : non plus ce que je veux faire, mais ce que tu veux pour toi. C’est un renversement.

Le besoin de l’autre dépouille, et le don véritable devient possible : un service qui conduit celui qui se donne loin, très loin sur le chemin du Christ
 

 
4 septembre 07         

PARFUM D’ORIENT

Le Père Jean-Paul Périer-Muzet nous a retracé l’histoire de la mission d’Orient, une histoire d’hommes et de femmes que la grande Histoire est venue bouleverser.
« Il était une fois un homme travaillé par le Christ… »

Les histoires de mission commencent ainsi, tant elles reposent au début sur l’engagement d’un homme.

Pour nous, ce fut le Père Victorin Galabert qui se donna entièrement au petit peuple au sein duquel il avait été accueilli en 1862.

Les premiers frères et les premières sœurs ne furent pas bien nombreux, mais leur histoire en Bulgarie est une histoire évangélique qui s’écrivit dans les soubresauts de l’indépendance bulgare, au milieu des divisions politiques et religieuses.

En suivant cette seule ligne que « ce qui rapproche, c’est la charité », ils ont accueilli sans distinction dans leurs écoles bientôt transformées en hôpitaux par la guerre et les épidémies.
En 1880, les communautés et les religieux présents en Orient se comptaient sur les doigts des deux mains.

Ce fut le Père Picard qui développa considérablement la présence de l’Assomption en Orient.

Le principe de la collaboration entre oblates et assomptionnistes ainsi que la croissance des effectifs permirent de nombreuses fondations : aux deux communautés de Plovdiv et Andrinople s’ajoutèrent trois nouvelles communautés de frères en Bulgarie, et douze communautés en Turquie sans compter les fondations à Jérusalem et en Russie !

Présentes dans l’éducation, la formation du clergé, les pèlerinages, la presse, la santé, les orphelinats, les deux congrégations s’enracinèrent en Orient. Et les effectifs étaient jeunes ; pour éviter le service militaire récemment imposé aux religieux, nombre de jeunes religieux firent ainsi pacifiquement leurs « premières armes » en Orient.
Mais la première guerre mondiale ravagea cette partie de l’Europe.

En 1918, la mission d’Orient était brisée : la révolution bolchevique marquait un coup d’arrêt ; la Turquie durement éprouvée rompait sous la conduite d’Ataturk avec sa tradition séculaire de cohabitation entre peuples et religions.

La mission d’Orient se recentra sur les Balkans ; un grand travail de recherche fut fourni dans l’entre-deux guerres aux Echos d’Orient et à l’Institut d’Etudes Byzantines.

La deuxième guerre mondiale puis l’établissement de régimes communistes dans les Balkans détruisit la mission d’Orient : une poussière des frères et de sœurs entra dans la clandestinité, unis aux épreuves de leurs pays et de leurs églises.
Aujourd’hui la mission d’Orient est en cours de refondation. Mais autour de notre présence modeste flotte comme un parfum d’Orient.
On le sait tenace, fort, pénétrant.
 

 
3 septembre 07         

 

L’EMMANUEL

 

Une jeune maman et son petit garçon se tiennent devant l’icône de la Mère de Dieu. Elle porte son enfant au bras, et il se penche vers l’avant, la main tendue, tout joyeux. Elle murmure quelques mots et la voix claire de son enfant éclate joyeusement. Elle l’incline vers l’icône, pour qu’il y appuie sa main. Puis l’enfant se redresse et lance sa main vers l’icône voisine. La jeune mère se déplace.

L’icône de la Mère de Dieu se trouve juste à côté de la porte qui ouvre l’iconostase ; à son bras, elle porte l’Emmanuel – ni vraiment un enfant, ni vraiment un adulte, un fils d’homme fragile, au visage plein de joie et de gravité. Cette certitude que Dieu s’est fait l’un de nous est au cœur de la tradition orientale. Dans chaque pays de cette Europe de l’Est, l’Eglise a été pendant des siècles ce signe de la fidélité de Dieu, ce point ferme dans le tourbillon de l’histoire. Cette proximité de l’Eglise avec son peuple a pris au dix-neuvième siècle la forme d’Eglises nationales : un peuple, une culture, une Eglise, une structure ecclésiale. C’est ainsi que Didier Rance résume la doctrine dominante aujourd’hui en Europe Orientale. Et certaines Eglises cherchent parfois auprès du pouvoir politique une position privilégiée ou bien défendent ce qu’elles considèrent être des droits que leur passé de service et de fidélité leur aurait acquis : on s’interroge en hauts lieux sur l’identité nationale de tel groupe ou de telle Eglise.

Mais ce n’est pas à la cour d’Hérode que Dieu s’est donné à nous. Dieu s’est donné à nous au cœur de la vie la plus simple, dans une famille, dans un village, à la hauteur d’un enfant. N’oublions pas l’Emmanuel !

 
2 septembre 07         
 
POKROVAN

Pokrovan est un petit village à trois heures de route de Plovdiv, dans les montagnes qui séparent la Bulgarie de la Grèce. A la fin du dix-neuvième siècle, ce village était sous la double domination ottomane et grecque ; même dans la liturgie, l’influence grecque se faisait sentir. L’Eglise catholique byzantine apparut un espace de liberté : on pouvait prier en bulgare, selon son rite, et l’Eglise en Bulgarie était dirigée par un évêque bulgare. A Pokrovan, tout le village devint catholique.


Quelques années plus tard, le pouvoir ottoman favorisa la création d’un patriarcat orthodoxe pour la Bulgarie : les raisons de devenir catholiques étaient moins fortes. De plus, l’appartenance à l’Eglise catholique rendait la vie quotidienne plus difficile. Le premier évêque fut enlevé, le deuxième empoisonné. Mais le village de Pokrovan restait fidèle à son choix.
Au début du vingtième siècle, Pokrovan se trouva pris dans les enjeux géopolitiques suscités par l’affaiblissement de l’empire ottoman. Il y eut la première guerre balkanique : les peuples sous pouvoir turc repoussaient les armées ottomanes ; la Bulgarie s’y illustra. Mais les alliés d’hier se déchirèrent le lendemain et la Bulgarie fit les frais de l’appétit de ses voisins. Dans ce contexte, l’armée turc tua tous les hommes de Pokrovan dans l’église catholique, avant d’y mettre le feu. Village martyr, Pokrovan se releva de ses cendres, une nouvelle église fut construite et le nonce en Bulgarie, Mgr Roncalli, vint la bénir.
Dans le tout nouvel état bulgare, Pokrovan restait un village reculé dans les montagnes. Cette situation fit que le pouvoir communiste transforma cette région en lieu d’exil : la route de Pokrovan disparut des cartes, les barrages et les postes de police en interdisaient quasiment l’accès. Durant toutes ces années, des pères assomptionnistes et des sœurs eucharistines aidèrent la communauté à continuer de vivre dans la foi, à célébrer la résurrection du Christ au milieu d’années de ténèbres.
Nous sommes tous allés à Pokovan aujourd’hui. Jour de fête pour tout le village et pour nous.
Les fruits de la foi ne se voient pas à part des hommes et des femmes qui vivent la foi et en deviennent des témoins. A Pokrovan, on sent avec plus de force que Dieu s’est fait homme et que sa fidélité s’enracine en chacun de nous.

 

1 septembre  07         
 

QUI SUIS-JE ?

Je suis né dans un petit peuple, dans une région du monde où tant de peuples sont passés, se sont mélangés et affrontés. C’est sa foi et un royaume qui ont fait l’unité de mon peuple. Il a été autrefois indépendant, mais depuis longtemps il vit sous la domination de grandes puissances étrangères, tantôt l’une, tantôt l’autre. Et sa mémoire est douloureuse. Il a souvent essayé de retrouver son indépendance, mais sans succès. Un grand espoir, un profond désir de vivre l’habitent, un appétit de richesse et une grande impatience aussi.
Je suis né en Bulgarie. Je suis né en Galilée.
Cette question « Qui suis-je ? » est aussi incontournable que dangereuse dans nos pays. Une réponse trop hâtive est souvent la guerre, l’agression d’autrui, une nouvelle blessure dans nos histoires. On voudrait être soi-même, enfin. Mais tant d’autres depuis les origines de nos peuples sont liés pour le meilleur et le pire à notre identité. C’est un tel mélange ! Comme le blé et l’ivraie dans un champ .
Alors : Pour vous, qui suis-je ? Je ne répondrai pas seul. Pour que nous soyons un, je m’en remets à vous.
 

31août 07         
 

LE ROCHER ET LA SOURCE

L’image que nous avons du moine orthodoxe évoque un habit noir et une barbe hirsute, les austérités voire les exploits ascétiques de certains saints ermites pendant des dizaines d’années, comme sainte Jean de Rila par exemple. Le rocher, la grotte de l’ermite, le roc du mont Athos. On peut voir la tradition chrétienne orientale sous cet angle-là.
Mais c’est oublier d’autres images que nous portons aussi dans notre mémoire : la lumière des églises, la fluidité jaillissante des coupoles, la valeur reconnue au don spirituel des larmes, l’affirmation d’un Dieu qui recueille le désir intime de l’homme, qui vivifie et transforme toute chose par son Esprit.
Dieu célébré, prié, aimé est Dieu qui transforme le rocher en source. Ce Dieu si proche de son peuple qu’il cède à sa prière pour lui donner l’eau là où il en a besoin. Ce Dieu qui transforme nos cœurs de pierre en sources vives.
Ce soir, au cœur de la Divine Liturgie, nos sœurs congolaises ont entonné un chant au Christ. Voilà notre Dieu : il a mis au cœur de tous les hommes le désir de le connaître, il les rassemble par la vie donnée de son Fils Jésus Christ en un seul corps ; son Esprit a donné à tant de peuples de s’approprier les mots et les prières apportés par des missionnaires étrangers – car c’est ainsi que la foi chrétienne s’est propagée – pour le chanter, comme ce soir.

 

30 août 07         
 
 

IVAN RILSKI

Ivan Rislki – Jean de Rila – est un peu le parrain de baptême de la Bulgarie.Né à la fin du 9ème siècle peu après la formation du premier royaume bulgare et l’arrivée du christianisme, sa vie donnée « dans la prière, le jeûne et les larmes » a été « un fondement de conversion », comme le dit une prière orthodoxe en son honneur.

L’histoire de ses reliques et de ses miracles épouse celle de la Bulgarie jusqu’à nos jours. Rila se situe dans une vallée encaissée et dont l’accès n’est pas des plus faciles ; pourtant Rila demeure un haut lieu de pèlerinage en Bulgarie, pèlerinage touristique et culturel, mais aussi pèlerinage de foi.
Au-delà de la légende hagiographique, l’attachement à cet homme plus de dix siècles après, surprend. Ivan Rislki est vénéré comme un don de Dieu. Cette attitude des fidèles devant la prévenance de Dieu pour un petit peuple ramène chacun aux sources de son baptême : se découvrir enfant aimé d’un Dieu Père plein de tendresse. Comme si la foi orthodoxe gardait vivant ce regard émerveillé d’un peuple converti, juste baptisé, qui ouvre les yeux sur la bonté et la présence vivifiante de Dieu.
 

29 août 07         
LA PORTE ROYALE

Quand vous entrez dans une église orientale, vous êtes face à un mur. Trop haut pour regarder par-dessus et impossible à contourner. Sur ce mur de bois, les icônes ouvrent le regard à ce qui se trouve de l’autre côté : la lumière, les visages de frères et de sœurs qui nous accueillent. Dans ce mur, il n’y a qu’une porte qui s’ouvre pendant la liturgie. Cette porte entre ici et l’autre côté, cette porte entre « le ciel et la terre », cette porte par où la Parole de Dieu sort pour nous être proclamée, cette porte par où le Corps et le Sang du Christ nous sont partagés, c’est la porte royale : la porte de l’amour.
Notre frère Louis-Armel Pelâtre, responsable du diocèse catholique latin d’Istambul nous a fait part de sa longue expérience de cohabitation et de rencontre avec d’autres églises chrétiennes dans un pays musulman. Pour passer les murs des différences, des vieilles querelles, les murs de la langue et de la culture, il n’y a qu’une seule porte : la porte royale de l’amour. Cela commence tout simplement : franchir la porte d’un voisin, entrer dans l’église d’une autre confession chrétienne. « Comment prétendez-vous connaître l’autre si vous n’allez jamais chez lui et si lui ne vient jamais chez vous ? » Cela est aussi vrai pour notre relation à Dieu.
Il a ouvert la porte. Prenons-la.
 

28 août 07         

LE DERNIER MOT

Devant une situation difficile,  il est tentant de conclure rapidement l'analyse par une formule abrupte, un dernier mot sans appel. Combien de fois cela a-t-il du se passer dans l'histoire de l'église catholique byzantine de Bulgarie, combien de commissaires politiques ont prédit sa disparition et maintenant, que disent les statistiques qui exposent sa faiblesse?

Mais, comme nous le disait aujourd'hui Mgr Proykov - le responsable de l'Eglise catholique byzantine de Bulgarie: le dernier mot, c'est le mot de Dieu. Ce mot a pris chair dans un peuple et son histoire ; le mot de Dieu sur cette Eglise tient au cœur des hommes et des femmes de cette Eglise. C’est une histoire biblique, comme celle d’Abraham, où la petitesse et la fragilité sont prises dans une histoire unique, où l’on est fidèle à Dieu en accueillant notre histoire comme celle de son alliance avec nous. Et il en a le dernier mot.

 

27 août 07         

L'église normale?

 

Un petit groupe de soeurs oblates cherchait l'église catholique byzantine à Varna; à quelqu'un dans la rue, elles demandent où se trouve l'église. Voyant leur voile peut-être, on leur répond :"l'église normale?".

Oui, en effet, nous catholiques de rites latin ou byzantin, nous ne sommes pas l'église normale en Bulgarie - sans rien de péjoratif. Cette première journée de travail nous a bien montré à quel point les églises d'Orient sont enracinées dans un lieu, devenant l'Eglise d'un peuple; et en Bulgarie, l'ancienneté et le poids de l'église orthodoxe font d'elle l'Eglise 'normale'. Quelle position pour nos frères catholiques byzantins!

 
26 août 07       

                                                                                                                   

Rassemblement

 

 


Avant que la Divine Liturgie commence, on se rassemble peu à peu dans l’église. Des petits cierges de cire jaune sont allumés devant les icônes ; on se tient devant elles dans une prière silencieuse ; on dépose un baiser des lèvres ou des doigts. Puis la liturgie commence : on se confie à Dieu ; on se laisse conduire.

Nous aussi ; nous nous sommes petit à petit rassemblés ; assomptionnistes et oblates des quatre continents. Dès ce dimanche matin ; nous avons été plongés dans le bain par la célébration de la divine liturgie. En confiant ces trois semaines à Dieu ; nos découvertes ; nos rencontres et leur écho en chacun ; laissons-nous conduire!
 

 

HOME