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« On peut prendre le mot rite au sens étroit
d'ensemble de façons de célébrer le culte de l'Église, telles que les
fixent les rubriques : manière extrinsèque de l'entendre. A la limite,
le rite ne serait qu'un système extérieur d'expression indifférent, en
somme, à son contenu : une conviction donnée, considérée comme
existant en soi et valable universellement, pourrait être transposée
dans un système d'expression ou dans un autre, dans un rite ou dans un
autre. Une telle transposition n'engagerait qu'une question de langue
et de rubriques ou de cérémoniesOn peut prendre, par contre,, la
notion de rite en un sens extrêmement riche et large. Elle recouvre
alors l'ensemble des formes et des signes dans lesquels une communauté
donnée exprime et vit sa foi chrétienne. |
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En ce sens-là, le rite ne comporte pas que des rubriques liturgiques, il
englobe aussi la théologie, le style d'organisation de la vie ecclésiale
et de la vie religieuse, etc. C'est donc, au fond, la vie chrétienne
elle-même en tant qu'elle est ressentie collectivement d'une certaine
manière et se crée ses expressions communautaires propres...
En Orient on distingue peu, et on ne sépare pas du tout, le rite et la
foi. Nous, Occidentaux, sommes rompus à l'analyse, à l'abstraction. Nous
concevons la foi comme un corps de vérités qui, définies en elles-mêmes,
sont susceptibles de différentes expressions ; nous avons fait la critique
du rapport du symbole à la réalité. Les Orientaux voient une union bien
plus grande entre les deux, le symbole rituel n'est pour eux que la foi
agie. Aussi différentes expressions doivent-elles répondre à des fois
différentes. On dit de quelqu'un qui a changé de rite, qu'il a changé de
foi. C'est un fait amplement connu que, dans les listes de griefs faits
aux Latins par les Orthodoxes, toutes sortes de particularités de rites et
de coutumes sont mêlées à des points proprement dogmatiques, encore qu'un
homme comme Photius sût distinguer ces deux ordres de choses. Enfin, fait
important, l'Église est ressentie, en Orient, moins comme l'objet d'une
conviction de foi et du choix qui en est la conséquence, que comme
communauté concrète de laquelle on est dès lors que, chrétien, on
appartient à telle communauté de peuple.
Tout cela fait que, si en Occident, on prend volontiers «rite» au sens
étroit du mot, c'est le sens large et profond qu'on entend en Orient. Cela
y détermine un type de piété très simple et très profond, non développé
analytiquement en déductions logiques et en conséquences pratiques, mais
sans cesse vitalisé dans la célébration de l'Église : type de piété où le
sens du rite, celui de la foi et celui de l'Église s'unissent en une seule
attitude vivante. Que cela comporte des faiblesses, que cela ne réponde
pas en tous points aux exigences du monde moderne tel que l'histoire l'a
fait, c'est possible. Il semble plus certain encore que cela prête à une
absolutisation exagérée du rite, identifié à ce qu'on peut tenir de plus
absolu.
A notre avis, seul le rétablissement de l'unité et de la communion
pourrait rendre aux chrétiens cette espèce dе liberté dans le respect qui
semble bien avoir régné dans les six ou huit premiers siècles. Dans l'état
présent d séрaration, on
absolutise exagérément des choses, certes très importantes, pas absolues
cependant : ici l'organisation, avec ce quelle engage d’administratif et
de juridique, là le rite.»
(Yves Congar, Neuf cents ans après, Chevetogne 1954, р. 39-41)
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