|
Nos livres situent souvent Andrinople en Bulgarie, car cette ville faisait
jadis partie de l’Empire Ottoman. Du point de vue ecclésiastique,
Andrinople faisait partie du diocèse de Philippopoli, (Plovdiv).
Bien que la région d’Andrinople où nos premières missionnaires
s’installèrent, appartienne aujourd’hui à la Turquie, c’est avec la
Bulgarie que nous la placerons, puisque c’est sous ce nom que le P.
d’Alzon la désignait, en appelant Rochebelle « La Bulgarie » et les
premières Oblates ses “Bulgarettes”. C’était, en effet, une majorité
bulgare qui l’habitait.
Andrinople – Caragatch - les origines de la Mission
Parties le 26 avril 1868, une semaine après leur profession, les cinq
nouvelles missionnaires arrivèrent le 13 mai suivant à Andrinople. Le P.
Galabert les attendait avec impatience. Dès le 24 mai leur apostolat
débute dans le quartier de Kafès Kapou d’Andrinople :
- une école gratuite, sous le vocable de St Vincent, où vinrent, avec des
catholiques, des élèves orthodoxes, grecques et arméniennes, ainsi que des
juives
- un petit pensionnat de Notre-Dame Auxiliatrice, demandé par la colonie
catholique
- la visite des malades, l’organisation d’une petite pharmacie et d’un
dispensaire.
Quelques mois après, le Mgr Popoff, évêque bulgare uniate, demande au P.
Galabert des Sœurs pour une école à Kaïk, faubourg pauvre d’Andrinople. On
leur loua une petite maison et cette école : Notre-Dame de la Merci
s’ouvrit le 24 septembre 1869.
En 1869, la mission d’Andrinople comptait : l’école Saint Vincent, le
pensionnat Notre-Dame Auxiliatrice et l’école Notre-Dame de la Merci.
L’école Saint Vincent abritait aussi le dispensaire.
En 1871 on ajoute à l’école de Kaïk un orphelinat pour les enfants
abandonnés.
Cette même année, commencèrent à Caragatch les travaux d’exploitation du
chemin de fer reliant la Turquie à la Bulgarie. Des ingénieurs,
techniciens, ouvriers, vinrent accroître l’effectif de la population ; la
colonie catholique fut amenée à s’établir complètement à Caragatch et
réclama une école.
En 1871, quatre maisons : l’externat de la ville, l’hôpital, l’école
bulgare à Kaïk, l’externat à Caragatch. Plusieurs postulantes furent
accueillies.
En 1877 - 1878, la guerre russo - turque allait ouvrir à nos Sœurs une
nouvelle phase de dévouement. Le nombre des Oblates s’élevait à 21.
En 1880 : la mort du P d’Alzon. En 1885, celle du P. Galabert.
Le P. Alexandre Chilier deviendra Supérieur de la mission.
Les écoles qui avaient servi d’ambulance pendant la guerre se rouvrirent
en 1880 et se développèrent en dépit des épreuves : incendies, guerres,
etc.
Les visites à domicile étaient vraiment œcuméniques : les sœurs
s’adressaient à des schismatiques, des musulmans, des israélites.
1912-1913 - Guerres Balkaniques
Comme durant la guerre russo-turque, les classes sont débarrassées pour
accueillir des blessés et des réfugiés ; chez les Pères comme chez les
Sœurs (15 religieux, 34 Oblates, 7 séminaristes), tous restent à leur
poste. Les Sœurs comme les Pères, sont l’objet d’une protection spéciale,
mais après l’entrée des troupes victorieuses, elles assisteront au triste
spectacle de l’exode des vaincus.
Première guerre mondiale
En novembre 1914, la Bulgarie entre en guerre aux côtés de l’Allemagne.
L’ordre est notifié aux Sœurs de quitter le territoire et, le 24 novembre,
les 43 religieuses de la mission d’Andrinople laissaient tout à la merci
des Turcs.
Quelques unes firent connaissance avec les camps de concentration. La
plupart des religieuses bulgares restèrent dans leur pays, généralement
dans leur famille.
Bourgas
En décembre 1888, les Oblates tentent une implantation à Bourgas, port sur
la Mer Noire. Comme toujours, la fondation se fait dans la pauvreté.
Sœur Delphine et ses deux compagnes ne purent y rester que trois ans. La
population, pourtant, malgré le très petit nombre de catholiques, leur
avait témoigné beaucoup de sympathie. L’église, délaissée parce que sans
prêtre à demeure, reprenait vie. La petite école eut 25 élèves dès
l’ouverture, et 60 l’année suivante, dont 7 catholiques. Comme toutes nos
maisons d’Orient, les malades venaient très nombreux se faire soigner.
Les Oblates quittèrent Bourgas en septembre 1891. Elles allèrent à Yambol,
et à Roustchouk.
Yambol
Le 19 décembre 1888, trois Sœurs venaient prendre pied sur cette terre
schismatique, loin de tout centre catholique. C’est d’abord une vieille
baraque en bois qui les reçoit.
Pendant plus d’un an, un Assomptionniste vient une fois par mois d’Edirné
ou de Plovdiv, ce qui fait dire à Sr Marie de l’Annonciation : Il m’a
fallu être religieuse pour manquer la messe du dimanche”.
L’ouverture d’une école pose plus de problèmes. Les popes s’y opposent, et
les autorités civiles emboîtent le pas. L’Archevêque de Svlino menace
d’excommunication ceux qui enverront leurs enfants à l’école catholique.
Les soins des malades recommencèrent aussi, car on avait fait courir un
temps le bruit que les Sœurs empoisonnaient les malades, ou les
étranglaient avec leur ceinture. Leur charité vint à bout de tout cela.
Une paroisse latine est aménagée en 1891 et un Père de l’Assomption
s’établira à poste fixe.
La paroisse slave catholique fut aussi inaugurée.
Une école apostolique fut inaugurée le 19 janvier 1925, à Yambol.
Des œuvres paroissiales sont vivantes : offices, schola, processions. En
1888, à l’arrivée des Oblates, un seul chrétien existait à Yambol. Vingt
ans après, ils étaient cent vingt. Mais l’œuvre qui retient davantage
l’attention des Sœurs est l’apostolat auprès des pauvres et des malades,
et elles stimulent la générosité des élèves. Le Délégué apostolique de
Bulgarie, alors, Mgr Roncalli, le futur Jean XXIII vint à trois reprisses
chez les Oblates de Yambol.
En octobre 1948, il fallut quitter Yambol en raison du communisme.
Roustchouk (aujourd’hui Rusé) occupe une situation privilégiée sur le
Danube, à la frontière de la Bulgarie et de la Roumanie. Mère Jeanne de la
Croix y aborda le 4 avril 1891, avec quatre Sœurs, suivies bientôt de
quatre autres, dont Sr M.-André de Solare qui œuvra pour l’unité en
Bulgarie pendant cinquante et un ans.
Roustchouk est le centre du diocèse, même si son nom est : diocèse de
Nicopolis. Le nombre de catholiques de Roustchouk est relativement grand
pour le pays : 300, et il se trouve aussi des villages catholiques dans le
voisinage.
La paroisse avait pour curé le Père Henri Doulcet, Passioniste, avec le
soutien duquel les Sœurs rouvrirent l’école, qui eut dès le début 80
élèves. Roustchouk était sous protectorat autrichien. La majorité des
enfants avaient donc cette nationalité, ou étaient allemandes. Il y avait
aussi des arméniennes, des bulgares, des grecques. Enfants de Marie,
patronage, chorale furent bientôt florissants. On demandait à la
Supérieure l’ouverture d’un pensionnat et la prise en charge de l’hôpital
municipal.
Le 8 avril 1891, l’école s’ouvrait avec 80 élèves (100 en novembre). Les
élèves catholiques assuraient le chant à la cathédrale. Un patronage était
organisé. Puis ce fut la création d’un dispensaire, la visite des familles
de toutes religions. En 1892, les Sœurs furent sollicitées pour la
création de l’hôpital municipal de 200 lits.
Mais les autorités de la Congrégation jugèrent plus opportun de transférer
la communauté à Varna, (en 1897) ville plus grande (40.000 habitants) du
même diocèse, où l’évêque voulut ouvrir une seconde paroisse. Le Père
Alexandre Chilier y fondait une mission le 29 septembre 1897. Les Oblates
l’avaient précédé en avril, le 24.
Varna est l’un des ports les plus importants de la Mer Noire.
Avec les Bulgares, les Grecs et les Arméniens y étaient nombreux. Il y a
aussi des Gagaous, l’une des rares peuplades de race turque, qui soit
chrétienne orthodoxe.
Le 24 avril 1897 les Oblates furent reçues avec joie par les catholiques.
Mais la maison n’étant pas achevée, il fallut limiter le nombre des
inscriptions.
La communauté arrivée de Roustchouk vécut d’abord très pauvrement. Quatre
Oblates étaient là pour cet externat Saint André. On y accepta
gratuitement les enfants catholiques. La maison appartenait au Consulat
d’Italie, et son ancien salon fut transformé en chapelle. Dès l’année
suivante, après les constructions nécessaires, on reçut des internes. Même
des élèves orthodoxes assistaient volontiers à la messe célébrée chaque
jeudi pour les enfants catholiques. Le dimanche, celles-ci se rendaient
aux offices paroissiaux.
Varna est, excepté Yambol, la maison de Bulgarie où les Oblates sont
restées le plus longtemps. Elle a été leur école la plus importante. En
1902, le modeste pensionnat était devenu un édifice de trois étages, (il
aura plus de 400 élèves) jouissant d’une belle vue sur la mer.
Mais il fallait s’attendre à la persécution de la part du clergé
schismatique et de certains milieux administratifs. Les préjugés
disparurent peu à peu devant la défense sympathisante des parents
catholiques.
Pendant les guerres balkaniques, le pensionnat apporta son aide aux
blessés et aux malades, en installant un hôpital dans les locaux de
l’infirmerie et les chambres voisins. Les classes continuaient à
fonctionner.
Au début de la guerre de 1914, Saint André fut le refuge des Sœurs
expulsées de Turquie mais en 1915, les Allemands occupèrent la maison; les
Sœurs bulgares allèrent dans leurs familles, les autres dans leurs pays
respectifs.
Mostratli – village à 80 km d’Andrinople ;
Les Oblates sont arrivées en 1901 et ouvrirent une petite école et un
dispensaire ; Même des orthodoxes recoururent à elles. Elles vont partout
: chez les Bulgares, les Grecs, les Turcs, les riches, les pauvres…
Plovdiv (Philippopoli)
De 1919 à 1948 avec interruption de 1921 à 1927.
Les Sœurs assurent les services économiques du Collège Saint Augustin de
Plovdiv, dirigé par les Pères. La communauté compte cinq religieuses, à
l’une d’elles fut confiée une petite classe, les autres s’occupent de la
cuisine, du ménage, de la lingerie.
De 1919 à 1932, ce fut une période prospère.
Les études y étaient organisées jusqu’au baccalauréat.
Mais des ombres apparaissaient au tableau, jusqu’à la fermeture brutale de
l’école, en 1948, par le gouvernement bulgare. Il devenait impossible de
s’acquitter des taxes imposées. Le nombre des élèves diminuait. La
violence du régime d’inspiration soviétique eut pour conséquence la
fermeture des collèges religieux français, le 1er septembre 1948.
En plusieurs groupes, à partir de la mi-septembre, les Sœurs regagnèrent
la Maison-Mère.
Durant la première guerre mondiale, le P. Gervais, proscrit de Plovdiv
bien qu’ami personnel de la royauté bulgare, s’était réfugié en Moldavie
(Roumanie) où il avait tissé de nombreux liens. C’est tout naturellement
qu’en 1923 il sut répondre favorablement à la demande de fondation en
Transylvanie de la part d’évêques gréco-catholiques (Blaj, Beius, Lugoj,
Bucarest). D’une façon générale, il chercha à redéployer (1923-1952)
l’expansion missionnaire de la Congrégation autour du bassin méditerranéen
: Roumanie (1923), Yougoslavie (1925), Grèce (1934) …
La « Mission de Turquie » a compté trois communautés dans la partie
européenne (Koum-Kapou, Gallipoli et Féry-Köy). Les autres se trouvaient
en Asie.
Nous les énumérerons d’après l’ordre chronologique de leur fondation :
Koum-Kapou 1882 - 1935
Phanaraki 1886 - 1935
Kartal 1889 - 1895
Trébizonde 1889 - 1890
Marsivan 1889 - 1914
Mission d’Arménie Tokat 1890 - 1914
Amasia 1891 - 1905
Ismidt 1891 - 1914
Eski - Chéïr 1891 - 1922
Koniah 1894 - 1 935
Haïdar-Pacha 1895 - 1935
Zongouldak 1897 - 1905
Gallipoli 1908 - 1924 (Iterr. 1914 - 1921)
Brousse 1924 - 1925
Kadiköy 1935 -
Féry-Köy 1957 - 1958
N.B. - Pour compléter l’apostolat exercé dans les Balkans, on peut
mentionner que les Oblates
avaient été demandées pour une implantation en Grèce, à Larissa
(Thessalie), afin de contribuer à l’établissement d’une paroisse avec
école.
Des Sœurs avaient même été pressenties; mais ce projet n’aboutit pas.
Koum-Kapou
Avant la mort du P. d’Alzon, le P. Galabert ne pensait pas que les Oblates
puissent s’établir à Constantinople tant que les communautés d’Andrinople
n’étaient pas solidement constituées. Mais, le 11 septembre 1882, il écrit
au P. Emmanuel Bailly : « Dans quelques jours, je vais partir pour
Constantinople. (...) Il y aura une école confiée aux religieuses Oblates.
»
Sr Augustine Brun, qui doit commencer l’œuvre, arrive avec Mère Jeanne de
Chantal Dugas, le 20 décembre à Koum-Kapou, situé sur la rive européenne
de Constantinople, suivie presque aussitôt par les Sœurs Anna Rigal, Maria
du Saint Sacrement Delatolas, Marguerite Draganova, Salomé Massip. La
première messe est celle de minuit, le 25 décembre 1882. L’effectif se
montre bientôt insuffisant, car il faut ajouter à l’école le dispensaire
et la visite des malades.
En 1884, les vocations surviennent et le P. Galabert hésite à les envoyer
en France, avant qu’elles aient une première formation et puissent parler
la langue ;
Cette année devait être pour le Père la dernière de son apostolat en
Orient. Il part fin novembre en destination de la France et meurt le 7
février 1885 à Nîmes.
Le P. Joseph Maubon, va faire pour les Sœurs l’acquisition d’une maison de
pierre assez grande. Malgré leur pauvreté, les Oblates apporteront leur
contribution aux fondations qui se préparent en 1891, à Ismidt et à
Eski-Chéir. Mère Jeanne-Françoise Cuvillier écrit en septembre que « Les
Sœurs sont dans la joie du dépouillement pour fournir les nouvelles
maisons; elles distribuent couvertures, draps, serviettes.., si bien qu’il
leur reste à chacune un drap et la moitié d’une serviette.”
En 1912, un incendie dévora pendant treize heures plusieurs quartiers de
Constantinople. Là encore, les Sœurs furent protégées.
En octobre, commence la première guerre balkanique. Des infirmiers de la
Croix Rouge demandent du renfort pour l’ambulance installée à l’hôpital
Chiffa, à Kadiköy, où les Sœurs avaient déjà rendu service de 1902 à 1906.
Quatre Sœurs sont désignées; les écoles se transforment en ambulances et
les émigrés se dirigent vers l’Asie par milliers. Les mosquées sont
bondées de familles nécessiteuses.
L’armistice est signée le 3 décembre, mais les Turcs commencent une
nouvelle guerre qui débute en février 1913 pour s’achever en août.
L’année scolaire peut reprendre normalement.
En août 1914, première guerre mondiale. Les sujets français sont expulsés.
Après de nombreuses pérégrinations, les Sœurs arrivent en France, laissant
tout aux mains des oppresseurs. Là, elles sont réparties dans des
ambulances.
Fenerbatche
Après Koum-Kapou, la seconde maison fondée à Istanbul le fut à Phanaraki,
aujourd’hui Fenerbatche, c’est-à-dire “Le Jardin du Phare”, sur la rive
asiatique cette fois.
Le phare, c’est celui qui, au bout de cette presqu’île, proche de la
communauté, éclaire la Mer de Marmara. Mère Augustine Brun et trois autres
Sœurs, détachées de Koum-Kapou y arrivèrent le 30 novembre 1886. Les Pères
voulaient faire revivre une grande chapelle abandonnée et établir là une
partie du séminaire oriental, trop à l’étroit à Koum-Kapou. Les Oblates
habitèrent d’abord une petite baraque en bois près de la chapelle, puis,
quand l’hostilité première des habitants, maraîchers et pécheurs locaux,
mais aussi quelques Levantins, eût cédé, grâce à leur dévouement, elles
trouvèrent une petite maison à louer en face et cédèrent la place aux
religieux
Ismidt et Eski - Chéïr
Ces deux maisons furent fondées en 1891 beaucoup plus loin, en Anatolie.
Ismidt, l’ancienne Nicomédie, sur la Marmara, est à une centaine de km de
Constantinople, les Pères, arrivés en septembre 1891, firent appel aux
Oblates, qui les rejoignirent le 8 octobre.
Le manque de parole du propriétaire qui avait d’abord accepté, les obligea
à camper. Les nuits d’orage, il fallait ouvrir les parapluies sur les
lits. La masure fut échangée contre une maison très monastique. Le 12
novembre, s’ouvre le dispensaire; un médecin catholique donne les
consultations. A Ismidt, au sommet de la colline, Pères et Sœurs aiment se
rendre en pèlerinage à la chapelle Saint Pantaléon. Celui-ci fut
emprisonné dans ce qui est actuellement la crypte, il y a baptisé ses
geôliers. Il y avait aussi à Ismit une église arménienne catholique dont
le curé était bien content que les enfants de la paroisse puissent aller à
l’école des Sœurs.
L’école, avec internat, arriva jusqu’à une centaine d’élèves :
Arméniennes, Grecques, quelques Juives, quelques Italiennes, peu de
Turques musulmanes. La communauté vit ses effectifs augmenter, jusqu’à dix
Oblates, et 4 000 malades environ dans l’année venaient se faire soigner
au dispensaire. Là et dans les visites à domicile, les Sœurs soignaient
beaucoup de musulmans, ce qui amenaient certains à dire : “les catholiques
sont admirables”
Eski-Chéïr
Etait une ville peuplée pour l’époque, avec près de 30.000 habitants, dont
près du quart étaient chrétiens. Arméniens catholiques et Grégoriens,
Grecs orthodoxes y avaient chacun leur Eglise. Les Augustins de
l’Assomption y étaient arrivés en octobre 1891 et y avaient également loué
une maison pour les Oblates. Là aussi, les tracasseries ne firent pas
défaut pendant les premières semaines. Mais peu après, leur dévouement,
lors d’une épidémie de choléra, leur ouvrit toutes les portes... même si
parfois trouver l’emplacement était malaisé: “Ma femme est malade”. - “Où
demeurez-vous?” - “La maison est facile à trouver : elle est au bout d’une
rue, près d’une vache”.
Tout en continuant la visite des malades, les Sœurs ouvrirent une école,
avec peu d’élèves au début, mais qui, au bout de quelque temps, dépassa la
centaine.
Konya
L’ancienne Iconium, où saint Paul a fondé l’Eglise, était devenue un grand
centre musulman, surtout depuis la fondation des Derviches Tourneurs, qui
y ont toujours leur “Maison Mère”. Mais là aussi, il y avait des
chrétiens, principalement orthodoxes et arméniens. Konya dépend, pour les
catholiques, du diocèse d’Izmir, dont l’archevêque d’alors, Mgr Timoni,
autorisa les Assomptionnistes à fonder une mission en 1892. Ceux-ci firent
venir les Oblates. Les quatre premières arrivèrent le 8 janvier 1894.
Jusqu’en 1910, il n’y eut pas d’église latine, mais seulement les
chapelles des deux vents. Il avait fallu à Mère Delphine Geniès et à ses
compagnes huit jours de voyage pour venir de Koum-Kapou, en train et char
à banc.
Konya est sur le plateau anatolien à environ 900 mètres d’altitude. Les
Oblates ont soigné les malades même en route, dans les villages où elles
se sont arrêtées.
La première messe fut célébrée dès le lendemain de l’arrivée, malgré
l’inconfort des lieux. Des vitres avaient été cassées, peu avant, par une
tempête. Au début, les Sœurs sont méprisées, parce que, si elles portent
bien un voile, il ne couvre pas la bouche et le visage, comme le fait
celui des femmes de Konya. Et seulement trois ou quatre familles envoient
leurs enfants à l’école. De plus, ce n’est pas la coutume que les filles y
aillent. A quoi cela servirait-il pour tenir leur maison? Peu à peu,
cependant, il en vint davantage. Par contre, en ce qui concerne les
malades, plus de cent par jour viennent se faire soigner, presque dès les
premiers jours. L’année suivante, les Oblates doivent louer une maison
plus vaste. Et quand elles se rendent dans les quartiers turcs, surtout
les plus déshérités, les enfants disent : “Voilà les grands docteurs qui
passent !“
A Noël 1895, plus de 200 catholiques et d’autres habitants, voulaient
assister à la messe, et la chapelle, même en y joignant le grand vestibule
attenant, s’est trouvée trop petite.
Haïdar-Pacha
Cette banlieue asiatique d’Istanbul faisait partie de Kadiköy où nos Pères
s’étaient installés en 1895. Elle a remplacé Kartal la même année. C’était
plus peuplé et plus central même si la maison était assez loin de la
paroisse tenue par les Assomptionnistes, elle en faisait partie. Mère
Michaël Rainfray, future Supérieure générale, mais alors âgée à peine de
25 ans, y arrive avec trois autres Oblates, le 30 octobre 1895. Des Sœurs
de Fenerbatche étaient venues depuis la veille préparer la maison. La
chapelle de Fenerbatche est une desserte de la même paroisse. Celle de la
nouvelle communauté, qui domine la mer, servira également d’église pour
les catholiques des rues voisines. Une quarantaine y vient dès les
premiers dimanches. Les Oblates aussitôt soignent les malades et font le
catéchisme. La Conférence Saint Vincent de Paul est organisée.
Bientôt, la chapelle et les locaux sont trop petits. Il faut en trouver de
plus grands, d’autant plus qu’on veut ouvrir une école, en partie pour
contrebalancer l’influence de celle de protestants allemands toute proche.
La grande chapelle fut prête le jour de la Pentecôte, 24 mai. On pourra y
entasser jusqu’à 300 personnes les jours de fête. Mais l’école, ouverte en
même temps, est vite surpeuplée: 120 élèves dès la rentrée de septembre.
Il faut sans cesse agrandir Faute d’autorisation, on use de subterfuge, en
construisant, dans le jardin, les toits sur pilier:
en premier: une fois ceux-ci posés, l’Etat n’avait plus le droit de faire
démolir. Si bien que les bidonvilles en Turquie se nomment, si l’on
traduit littéralement, des “posés la nuit”
Il faut encore agrandir en 1906, seront construits, cette fois avec
autorisation, les bâtiments qui deviendront l’Eglise Notre-Dame du Rosaire
et le pensionnat Sainte Euphémie.
Zongouldag
La dernière fondation en Turquie de cette période se fit au bord de la Mer
Noire, en 1897. C’était à 200 km d’Istanbul. Il n’y avait guère jusque là
qu’une cinquantaine de catholiques, que les Assomptionnistes d’Ismit
visitaient de temps en temps. Mais à cette époque, une société française
vint exploiter le gisement de charbon qui venait d’être découvert. Il y
eut donc du personnel catholique. Les européens furent jusqu’à un millier
de Français, Allemands, Italiens... Des Assomptionnistes vinrent alors
s’installer, en août 1897, et ils firent appel aux Oblates.
En Turquie, les échanges de population, qui provoquèrent le départ de
nombreux chrétiens, et un peu plus tard les lois anti religieuses d’Ataturk,
rendirent le travail des sœurs plus difficile. Cinq communautés seulement
ont pu rouvrir, sur les 20 qui existaient en 1914.
Mais des fondations ont eu lieu en deux nouveaux pays d’Orient, tout à la
fin de cette période.
Des Oblates étaient restées en relation avec des Serbes dont elles
s’étaient occupées lorsqu’ils étaient réfugiés près de Paris, en 1915.
Cela facilita la fondation de Belgrade en 1925.
Devant les difficultés croissantes en Turquie, Augustins et Oblates de
l’Assomption cherchaient à étendre ailleurs leur apostolat œcuménique.
En s’installant à Belgrade dans des locaux réduits, les sœurs donnent au
début des leçons particulières.
Le P. d’Alzon a toujours eu le désir d’aller en Russie, le reste n’étant
qu’une approche. Il l’écrit plusieurs fois au P. Galabert et y intéresse
Mère Emmanuel-Marie Correnson.
SAINT PETERSBOURG
En octobre 1903, deux religieux assomptionnistes s’installent à Saint
Petersbourg. Sur la recommandation de l’un d’eux, une certaine personne,
originaire de Belgique, directrice, à Saint Petersbourg, d’un hospice de
cancéreuses et d’un asile tu Bon Pasteur, adresse à Mère Marie du Christ
une proposition de collaboration des Oblates à ces deux œuvres à laquelle
est jointe une lettre de recommandation.
La demande est agréée et quatre Oblates arrivent au début d’octobre 1906 ;
elles auraient comme aumônier le P. Neveu (le futur évêque de Moscou). La
directrice fait aussitôt l’éloge de 3 Sœurs. Mais les choses se gâtent à
cause de la jalousie de deux de ses collaboratrices. Les Sœurs encouragées
par le P. Neveu, tiennent bon jusqu’au jour où la directrice demande leur
retrait. Au grand regret du P. Neveu, elles quittent Saint Petersbourg le
6 juin 1907.
La Supérieure en avait été M. M.-Berchmans Jardel.
VILNA
A la même époque, une autre implantation s’était faite en Russie : Vilna,
ancienne capitale de la Lituanie, faisait alors partie de l’empire russe
et comptait une majorité de Polonais. Une vieille demoiselle suisse s’y
trouvait et désirait un aumônier pour le groupe français établi dans cette
ville : ce fut le P. Gervais Quénard. Son premier soin fut de créer un
Foyer dont s’occuperait une Oblate. Sœur Marie du Sauveur Pissot fut
désignée pour ce poste et arriva en 1906.
De nombreux problèmes surgiront par suite de l’exclusivité des Polonais
vis-à- vis des Russes et de la difficulté de langue. Il aurait fallu
étendre les activités que la Sœur ne pouvait assumer, car, en plus des
français, elle s’occupait surtout des Polonais.
Le Père, pendant ce temps, se livre de tout cœur à sa tâche, mais en
septembre 1908, il reçoit sa nomination pour Philippopoli.
Ainsi se termine pour l’Assomption ce que le P. Gervais appellera un jour
“l’insuccès de Vilna”. Du fait même Sr Marie du Sauveur doit se retirer.
YOUGOSLAVIE - Belgrade |
Les rapports d’amitié entre la France et la Serbie remontaient assez loin.
Le roi Pierre 1er de Serbie avait été élève de Saint Cyr et avait servi
dans l’armée française pendant la guerre de 1870 - 1871.
Pendant la retraite de l’armée serbe à travers l’A1banie en 1915, un
certain nombre de réfugiés furent accueillis en France, à
Cormeilles-en-Parisis. Un industriel du Nord, demanda aux Oblates, qui
revenaient alors d’Orient, de s’occuper d’un groupe de filles d’officiers
et fonctionnaires émigrés. Mère Michaël et deux Sœurs furent chargées de
pourvoir à l’installation Les Sœurs restèrent ensuite en relation avec ces
familles.
La perspective d’une révolution en Turquie, en 1924, incite à penser à un
nouveau champ d’apostolat. Revenant de Paris, le P. Saturnin Aube s’arrête
à Belgrade et est tout à fait d’accord pour la recherche d’une habitation
pour les Sœurs. Mère Michaël s’y rend le 4 septembre et, au ministère, on
les assure que leur requête de fondation a des chances d’aboutir ;
l’archevêque leur réservait un bon accueil. Une maison est découverte au
mois de mars 1925. Le 27, Mère Michaël part avec une Sœur et le P. Privat
Bélard qui, lui aussi, fondait à Belgrade, et tous trois arrivent à
destination le 1er avril 1925.
Les Sœurs prennent possession de la maison, l’organisent, accueillent une
troisième Sœur le lendemain, rendent visite aux anciennes élèves de
Cormeilles. Dès le début, des cours de français, piano, peinture, ouvrages
manuels, sont fréquentés par une centaine d’élèves plus 35 petites pour
l’asile. Comme dans tous les commencements, on se trouve bientôt à
l’étroit. On achète un terrain, on loue à proximité deux petites maisons
on attendant la construction d’un grand pensionnat. Le 15 septembre 1926,
les élèves entrent en classe Il y a, à ce moment quinze Sœurs. L’école est
dédiée à Saint Joseph. C’est en qualité d’aumôniers des Oblates que les
Pères se sont établis à Belgrade. Le 9 octobre 1934, assassinat à
Marseille du roi Alexandre et de M. Bartou, qui avait récemment rendu
visite aux Sœurs.
Dès 1928, on se préoccupe de réunir des aspirantes à la vie religieuse
qui, après étude du français, iraient faire leur postulat et leur noviciat
en France. En 1932, l’alumnat est vraiment organisé. Mais la guerre ne
permettra pas de mener le projet jusqu’au bout.
Partout où elle est passée, Mère Michaël a été l’âme de la communauté et,
au dehors, elle était hautement appréciée. Pendant les vacances, elle
demandait aux Sœurs d’étudier le serbe.
A la fin de son séjour à Belgrade, elle fut promue au grade de Chevalier
de la Légion d’Honneur, en 1934. Son départ suscita d’unanimes regrets;
l’œuvre qui l’attendait était celle de la Bonne Presse avant de devenir
Supérieure générale en 1936, Mère Célestine lui succède.
Pendant la seconde guerre mondiale, les Yougoslaves, ayant refusé aux
Allemands de se retourner contre la France, eurent à subir un terrible
bombardement, le jour des Rameaux, 6 avril 1941. Plus d’eau, plus
d’électricité. Les habitants partent en nombre. Les Sœurs eurent l’autorisation de porter de la nourriture aux prisonniers. On compta 27
000 morts en deux jours.
Le premier souci des Allemands était de faire partir la colonie française.
Ils vinrent réquisitionner la maison; quand ils virent dans quel état elle
était, ils cherchèrent ailleurs, du moins à ce moment. Les Oblates
partirent le jour de l’Ascension, se séparant avec peine de leurs Sœurs
yougoslaves, qui devaient rester. On espérait pouvoir revenir plus tard.
Les restantes durent s’ingénier pour gagner leur vie. Elles donnèrent des
leçons et purent ouvrir deux classes.
Mais la situation internationale évoluait. Les Allemands reculaient de la
Russie et les Russes arrivaient. Les bombardements prirent une intensité
croissante. Le 15 octobre 1944, les Russes firent leur entrée à Belgrade.
Ils envahirent la maison, y firent fusiller environ 150 prisonniers
allemands et serbes. Le Père Bélard vint chercher les Sœurs qui furent
hébergées au presbytère. Et ce fut le pillage du pensionnat par les gens
de la ville.
Après des jours terribles, leur départ fut décidé. La maison fut occupée
par la jeunesse communiste. On liquida au mieux tout ce qui restait. Les
sœurs arrivèrent à Paris le 28 novembre 1946 : Mère Berthe-Marie venait de
mourir.
En Yougoslavie, le poste de Belgrade ne fut pas déserté durant tout ce
temps de « guerre froide », mais réduit comme ailleurs à une fonction de
veille de culte. Une tentative de réanimation communautaire dans les
années 1970 fit long feu et finalement en 1982, faute d’ouvriers
apostoliques, les lieux furent cédés à l’archevêché catholique.
A la demande de l’évêque, les Pères de l’Assomption s’étaient, en 1923,
installés à Blaj (Transylvanie), où ils avaient pris en charge des cours
de français. En septembre 1924, ils s’établirent, avec la même mission,
dans le centre intellectuel de Beïus, et ils y dirigeaient un internat de
200 garçons.
Pour rendre plus efficace leur apostolat auprès des chrétiens, ils
souhaitaient la collaboration des Oblates qui assureraient les services
intérieurs. C’était aussi le désir de Mgr Frentiu, qui possédait dans son
diocèse d’Oradea un lycée féminin et aurait vu volontiers les Sœurs donner
leur part à l’éducation des élèves et à la gestion.
Beïus et Oradea
Les arguments donnés de part et d’autres étaient si convaincants que la
fondation est décidée. Trois Oblates : Mère Joseph Lagache, Sr Eustochium
Laverdure et Sr Valentine Polge sont détachées de leurs communautés
respectives (Haïdar - Pacha, Caragatch, Koun -Kapou) et s’embarquent à
Constantinople, le 5 septembre 1925, pour arriver le 7, à minuit à Oradea,
où elles furent accueillies par les Pères Alype Barral et Juste Bonnet qui
les conduisirent en voiture à la “Cour” (demeure épiscopale, pour la
saison chaude, de Mgr Frentiu), à Beïus. Cette fondation fut appelée “la
Nativité”, en raison de la date du jour.
Dès leur venue, les Sœurs se mettent à l’œuvre ; leur travail consistait
d’abord à aider les Pères dans l’entretien de leur maison (lingerie,
sacristie, intendance, infirmerie), tout en se réservant quelques moments
pour l’étude du rite byzantin et de la langue du pays. Tous les jours
elles chanteront la messe du rite dans leur chapelle.
Du 22 au 26 juin de la même année, Mère Berthe - Marie Paré, Supérieure
générale, vient se rendre compte sur place de l’opportunité d’une maison
de formation pour d’éventuelles vocations religieuses. Monseigneur se
montre favorable, s’engage même à mettre, à titre provisoire, un local à
la disposition des Sœurs, et le projet prend corps. Une maison est acquise
le 20 juin 1927 et la première messe est dite à “Sainte Croix” le 14
septembre 1927. Le 24, les
Les Sœurs furent facilement acceptées dans les établissements scolaires de
la ville comme professeurs de français.
Le 1er mai 1929, seconde visite de Mère Berthe - Marie. Mgr Frentiu avait
l’intention de confier aux Oblates toute la direction de l’Internat,
assumée alors par les Sœurs allemandes de Notre Dame, dont la mentalité
hongroise rendait difficile le développement de leur apostolat.
Le 16 août 1929, Mgr Frentiu annonçait solennellement cette passation ;
les 27 et 29 août, les dernières messes étaient célébrées à Sainte Croix
et à la Nativité. Le 31, toutes les Oblates de Beïus étaient réunies dans
une seule maison et la responsabilité reposait, entièrement sur elles. Les
débuts furent assez compliqués, par suite de la connaissance sommaire de
la langue. Mais, grâce à Sr Anne - Marie qui se faisait l’interprète, tout
s’arrangeait. Sr Emmanuel Pineau, venue de Varna le 18 septembre, assure
la direction de l’Internat “Pavelian”.
En février, avec l’autorisation du Ministre, Sr Valentine ouvre un Jardin
d’enfants.
Les vocations affluent à l’alumnat, et on est bientôt en mesure d’envoyer
au noviciat de Sèvres plusieurs Roumaines (20 en l’espace de 10 ans).
Ainsi s’amorçait la relève des Sœurs françaises. La première vocation
roumaine n’avait fait que passer. Sr Ana - Maria Marian, peu après sa
venue à Sèvres dut repartir, malade, au pays natal, où elle prit l’habit
et fit profession in articule mortis. Deux autres iront encore recevoir
prématurément leur couronne : Sr Mariana Pop, en 1940 et Sr Virginia
Tomoiaga en 1943. De grandes espérances avaient été fondées sur elles et
l’envoi de Sœurs françaises avait été arrêté par la guerre.
La Roumanie n’était pas encore atteinte par les événements, mais les
contrecoups se font sentir et la situation se complique en 1940 :
communications et relations difficiles, privations... Il n’était pas
possible d’envoyer les postulantes en France; des démarches sont
entreprises, en vue de créer un noviciat à Beïus. Rome donne
l’approbation, le 17 mars 1942 et Mère Barthélemy est nommée Maîtresse des
novices, aidée de Sr Anne - Marie et de Sœurs roumaines.
Peu après, les Allemands envahissent le territoire, les immeubles sont
occupés, les réponses attendues de Paris tardent ; Mère Barthélemy,
n’osant pas aller de l’avant, émet des doutes sur l’avenir du noviciat
(elle reconnaîtra plus tard s’être trompée).
Première prise d’habit de trois postulantes, le 17 novembre 1942. Les
vocations arrivent toujours, au point que, le local étant devenu
insuffisant, on put l’installer dans l’immeuble qui avait été jusqu’alors
le noviciat des religieux assomptionnistes.
Les Sœurs acceptent de l’évêque la direction du patronage et réunissant,
le dimanche, les élèves de l’école primaire de Beïus. Sollicitées de
partout, elles ne peuvent cependant se développer davantage : en 1944, les
armées en guerre avaient atteint la ville. Dès le mois de mai, les
établissements scolaires sont fermés, transformés en hôpitaux. La Croix
Rouge fait appel aux Sœurs pour donner les soins aux blessés et aux
réfugiés.
La situation étant devenue intenable, le noviciat doit quitter la ville, à
la recherche d’un asile incertain, le 10 octobre 1944. L’exode dure trois
semaines. Au retour, les Sœurs ne purent que constater les ruines du
noviciat et de Ste Croix.
Comment pourvoir à la subsistance de tout ce monde? Novices et postulantes
s’engagent chez les Pères pour faire lessive, repassage, entretien du
vestiaire et du linge de chapelle.
A la fin de 1947, les étudiantes remplissaient l’internat de Beïus; seul
le patronage avait disparu, par suite de la dispersion des familles.
Quelques postulantes vont à Bucarest et rejoignent Beïus pour la prise
d’habit.
Pouvait-on continuer à assurer la survie du noviciat ? Il fallait sursoir
à l’admission au postulat. Les novices de 2ème année sont envoyées à notre
hôpital de Bucarest, où elles sont acceptées comme infirmières. Mère
Barthélemy reste à Beïus avec 6 professes, 22 novices, 1 postulante. Elle
avait reçu de Paris le mandat d’agir au mieux. Quelques unes reprennent le
chemin de la maison; les restantes - 5 professes, 6 novices - sont reçues
par des familles catholiques. Mais le gouvernement donne l’ordre de rendre
toutes les novices à leurs familles.
Deuxième dispersion, le 8 juin 1949. Le séjour à Beïus est impossible.
Mère Barthélemy aboutit, avec les professes, à Oradea; elles sont
hébergées par les Sœur de Saint—Vincent de Paul, elles-mêmes réfugiées,
jusqu’au 15 août, dernière fête passée ensemble.
Les religieuses non roumaines sont invitées à regagner leur pays d’origine
avant octobre. Mère Barthélemy souffrante reste avec Sr Lucile Bitay, chez
deux tantes de cette dernière, à Oradea; elle arrive à contacter une
grande partie des Sœurs qui viennent lui rendre visite.
Cluj
Cluj, ville universitaire de Transylvanie, accueillait, le 1er octobre
1927, Mère Emmanuel Lobbé et, le 3, Sr Lioba Seeger, venues prendre la
direction d’un Foyer franco-roumain d’étudiantes. Dès le 8, deux jeunes
filles étaient déjà arrivées; elles seront une quinzaine au 1er novembre,
la plupart paient une pension modique, mais apportent leur aide au ménage
et au réfectoire.
Tomnatic
Dans l’été de 1946, le P. Vitalien Laurent soumettait à Mère Marthe Wourms,
vicaire générale, le projet d’une fondation nouvelle, à Tomnatic, dans la
province de Banat, qui comptait 500 000 catholiques de rite latin. Mère
Barthélemy s’y rend pour voir les conditions dans lesquelles les Sœurs
pourraient œuvrer. En 1946, au mois de novembre, elle va à Tomnatic avec
les Sœurs Georgina Cmeciu, Benedicta Ciocan et Marylène Matica. A leur
grande surprise, elles sont accueillies à la gare par les plus hautes
personnalités et sont accompagnées à leur demeure. Dès le lendemain, elles
ouvrent les classes primaires et le Jardin d’enfants. Une fois tout
organisé, Mère Barthélemy se retire et laisse la place à Sr Basile Nichita.
Malheureusement le gouvernement communiste de Roumanie nationalise les
écoles et les Sœurs doivent retourner à Beïus et à Bucarest, fin juin
1948.
Bucarest
Le désir du P Barral, partagé par le Ministre de France à Bucarest était
que les Sœurs se fixent dans la capitale et la suite des événements permit
qu’un Foyer d’étudiantes fut ouvert.
Foyer Sainte-Monique.
Le 11 novembre 1942, Sr Alicia Gheorghiu écrit que la maison est trouvée :
déjà 12 étudiantes sont arrivées, Sr Virginia Tomoiaga fut envoyée auprès
d’elle, travaillant pour obtenir son examen de capacité. Mais elle tombe
malade peu de temps après et, le 7 février 1943, jour fixé pour l’examen,
elle rend son âme à Dieu. Le soir même, une jeune fille, professeur au
lycée, venait demander de prendre la place et le nom de Sr Virginia; elle
entra au noviciat et devint Sr Virginia Terebesi.
Hôpital Panduri.
L’immeuble situé 16-20 avenue Pandurilor, appartenait à la Congrégation
allemande des Sœurs Vincentines et le but primitif avait été
l’installation d’un sanatorium de luxe; la guerre survenant, les Sœurs
n’avaient même pas pu quitter l’Allemagne. L’archevêché, devenu
propriétaire officiel, proposa l’œuvre aux Oblates, par l’entremise du P.
Barral. Sur la demande de ce dernier, Mère Barthélemy, accompagnée des
Sœurs M. de l’Annonciation Sarrasin et Alexandrine Bora, se rendit à
Bucarest, le 28 avril 1946.
Mais l’installation était bien précaire. Ce n’est que le 3 novembre
qu’arriva le renfort de Beïus et le 21 qu’eut lieu l’inauguration. Le
premier malade ne viendra qu’en février 1947; c’est dire les prodiges
d’économie que les Sœurs durent réaliser pour pourvoir à leur entretien.
Quinze jours plus tard, les 120 lits étaient occupés. Cinq Oblates, dont
Sr M. de l’Annonciation, Supérieure étaient à l’œuvre. Le travail était
tel, et les communications si difficiles, que, ni Mère Barthélemy, ni Mère
M. de l’Annonciation ne purent prendre part au Chapitre général qui, en
instaurant le régime des Provinces, devait ériger, au sein de la province
d’Europe Orientale, le vicariat de Roumanie, ayant pour Supérieure
vicariale Mère M. de l’Annonciation et comme conseillère Mère Barthélemy
et Sr Alexandrine.
L’hôpital fonctionnait à plein rendement en 1947; la liberté religieuse
n’était pas encore attaquée. Cependant, tandis que les Sœurs dépensaient
toutes leurs forces à leur apostolat, la persécution se préparait dans
l’ombre. Le noviciat ne se trouvait pas en sécurité à Beïus et il fut
décidé que les novices de 2ème année viendraient à Bucarest, où elles
occuperaient, dans les services, les postes demeurés vacants. Dans la nuit
du 1 au 2 novembre 1948, la loi de naturalisation frappa tous les
établissements hospitaliers. Le 19 novembre, les Sœurs reçurent l’ordre de
quitter la maison dans les trois jours. Elles purent continuer à exercer
leurs activités, mais dans quelles conditions de restrictions, de logement
et d’insécurité. La liberté religieuse était de plus en plus entravée; les
mauvais procédés dont les Sœurs étaient l’objet se multipliaient, sous
prétexte qu’elles ne faisaient pas la politique du parti. Elles étaient
continuellement suivies. Seize mois après la nationalisation, il ne
restait à l’hôpital que huit Sœurs qui, appuyées par le Médecin chef et
chargées de services importants, étaient encore irremplaçables.
Mère M-Augustine put, en qualité de touriste, se rendre discrètement à
Bucarest en août 1956; on devine avec quelle joie elle fut accueillie.
Mais le régime des arrestations commencé depuis plusieurs mois, allait
atteindre les Oblates, dans la personne de Sr M.-Alexandrine, le 9 février
1957. Elle fut condamnée à dix ans de travaux forcés et la novice qui
partageait sa chambre, à six ans. A Oradea, Sr Lucile Bitay, coupable
d’avoir donné un ouvrage de formation religieuse à une novice, fut, elle
aussi, condamnée à trois ans.
Sr Alexandrine et la novice se rencontrèrent plusieurs fois au cours de
leur captivité en plusieurs prisons. Pendant ce temps, les autres Sœurs
étaient soumises à de fréquentes enquêtes. Le 15 avril 1964, les détenus
politiques furent l’objet d’une mesure de grâce et Sr Alexandrine retrouva
ses Sœurs après plus de sept ans de captivité, sans qu’aucune nouvelle
n’ait pu être échangée, de part et d’autre. Quant à la novice, elle ne se
retrouva libre que trois semaines plus tard. Sr Alexandrine ne pouvait
plus retrouver son emploi, ses papiers ayant été confisqués. Elle ne put
accepter l’emploi de balayeuse de rues proposé, dans un état de santé bien
ébranlé. Un peu plus tard, elle était engagée comme femme de service dans
un hôpital, puis eut la garde d’un petit garçon de six ans.
Après maintes démarches elle était accueillie, le 6 avril, à Paris.
Depuis, les Sœurs de nationalité roumaine résidant en France ou en
Belgique ont pu obtenir une naturalisation française, leur permettant de
rendre visite à leurs familles. D’autre part, au prix de grandes
difficultés administratives, plusieurs Oblates roumaines ont eu le bonheur
de venir en France et c’est toujours avec émotion qu’on entend de leur
bouche les témoignages de fidélité héroïque de celles qui ‘tiennent” en
dépit de tout.
Comme dans les catacombes, la flamme est cachée, mais elle brille
toujours!
La montée du communisme a divisé l’Europe au lendemain de la seconde
guerre mondiale. Bulgarie, Roumanie, Yougoslavie et Chine, après la Russie
de 1917, sont entrées dans un processus historique de collectivisation et
de suppression des libertés religieuses, pratique inspirée par la doctrine
marxiste mise en œuvre selon des idéologies et des impérialismes dont le
monde dit libre, après un temps de répulsion, finit cependant par
s’accorder. Il en résulta pour l’Assomption dans tous ces pays une sorte
d’anéantissement de la Mission d’Orient ou de présence crépusculaire sans
perspective d’avenir.
En Russie devenue U.R.S.S., l’Assomption put maintenir à Moscou la
présence d’un aumônier auprès des résidents diplomatiques, un religieux
américain depuis le P. Léopold Braun en 1936, mais la paroisse Saint-Louis
des Français lui échappa malgré l’héroïque dévouement de la famille Ott.
En Bulgarie et en Roumanie, à partir des années 1947-1948, l’épreuve
consacra la disparition et la spoliation de toutes les œuvres,
l’éparpillement des hommes réduits, après des peines d’emprisonnement, à
une forme de survie ou de mort civile.
En novembre 1952, à Sofia, l’Assomption connut les feux tragiques de
l’actualité. Trois religieux, Pavel Djidjov, Josaphat Schiskov et Kamen
Vitchev, furent injustement condamnés à la peine capitale à la suite d’une
mascarade ou parodie de procès, comme celui de Mgr Bossilkov passionniste
et de tant d’autres chrétiens connus ou inconnus déportés dans des camps,
un silence mortifère pesant comme une chape de plomb que le pape Jean-Paul
II sut transformer en résurrection posthume par l’auréole du martyre en
mai 2002.
Quand, après la fameuse audience du 3 juin 1862, où le Pape Pie IX
bénissait le P. d’Alzon ainsi que ses missions d’Orient et d’Occident, le
Père cherche à réaliser ses projets, certaines personnalités romaines le
détournent de la.
Palestine, et c’est ainsi qu’il se portera vers les Bulgares.
Les Lieux Saints avaient toujours attiré les fils du P. d’Alzon, et le P.
Picard, dès 1875, avait envisagé d’organiser des pèlerinages. Il fallut
attendre jusqu’en 1882. Depuis, la série s’est poursuivie, mises à part
les années de guerre.
Au début, on couchait sous la tente. Il fallait organiser l’accueil des
pèlerins. Un grand bienfaiteur de l’Assomption acheta pour les Pères les
terrains de Notre Dame de France et de Saint Pierre en Gallicante. Le Père
Germer Durand va faire construire l’Hôtellerie de N.-D. de France et en
prendra possession en 1887.
En 1935, le concours des Oblates est sollicité et quatre Sœurs sont
attachées à N.-D. de France. La guerre de 1939 amène l’interruption des
pèlerinages et l’occupation de l’Hôtellerie par les troupes anglaises,
jusqu’en 1948. Mais les Sœurs ne quittent pas leur poste. Deux cependant
doivent regagner la France.
Environ 460 Sœurs ont travaillé dans la Mission d’Orient, soit qu’elles y
aient été envoyées, soit qu’elles aient été originaires de ces pays.
115 y sont mortes, dont 4 en mer et 2 en captivité. |