Plovdiv, 05.09.2007, Session sur la Mission d’Orient

L’icône dans la Tradition Orientale par le P. Petar Ljubas

 

Je ne suis pas un spécialiste de l'icône, de l'iconostase. Malgré que je sois ici, dans la Tradition Orientale depuis 12 ans, je me considère tout à fait au début. Mais peut-être que c'est bon comme cela, car cela nous aidera à ne pas être compliqués, et nous aider de rentrer tout doucement dans cette Tradition.

Cette Tradition est marquée par l'iconographie. Vous avez pu constater cela déjà dans notre Eglise ici, mais aussi dans d'autres églises orientales.

Lorsque je suis venu en Bulgarie, ici, dans la Tradition orientale, tout cela a été caché pour moi. Je ne connaissais rien d'elle.

Quand j'ai été petit, en Serbie, où je suis né et qui est de majorité orthodoxe, on était éduqué dans une inacceptation de l'autre. Au caté on nous disait que les orthodoxes sont hérétiques. Il ne faut pas rentrer dans leur église. C'était presque un péché. Et si l'on est dedans, il ne faut pas faire le signe de la croix s'il y a des autres gens. On peut le faire seulement lorsqu'on est seul. Par ailleurs on reconnaissait qu'ils étaient aussi des chrétiens, mais pas comme nous. On était élevé dans cette mentalité et on a vécu en elle.

Quel sentiment provoque cela en nous quand on est jeune ? D'abord, on regarde l'autre avec un oeil de refus, un peu de mépris. On se considère comme meilleur, comme le vrai chrétien. En général, la faute était toujours chez l'autre. C'est l'autre qui a provoqué la séparation et ne veut pas revenir dans mère-patrie. Se marier avec un orthodoxe ou une orthodoxe a été mal vu. On se disait que cela ne va pas marcher. Surtout, s'il on acceptait de se marier dans une Eglise orthodoxe, c'était devenir traître. D'ailleurs, dans ce cas-là on était rebaptisé dans une église orthodoxe. C'est une pratique qui existe aussi pas mal ici, en Bulgarie actuelle. A tout cela on peut ajouter plein d'autres choses. De plus, par exemple, que l'Eglise orthodoxe est très liée à l'Etat. Et celui-ci a une grande influence sur elle.

Alors, la place de l'icône dans tout cela ?

Pour moi, non plus, l'icône ne présentait pas quelque chose d'extraordinaire.

Peut-être parce qu'elle a été lié à l'Orthodoxie. Je ne voyais en elle rien de plus que les images religieuses dans la tradition latine. C'est pourquoi, en arrivant ici, dans la Tradition Orientale, cela ne me disait pas gran chose. Surtout, devant l'iconostase dans l'Eglise, je ne comprenais pas grand-chose.

De plus, l'iconostase ferme l'accès à ce qu'il se trouve derrière elle. Tout cela perturbait mes notions concernant la messe latine à laquelle j'ai été habitué. Je disais plus tard aux gens qui nous visitaient et visitaient notre église, et qui sont dans la tradition latine, qu'en fait, même s'ils sont dans l'église il reste toujours dehors. Il me semble que, tant qu'on ne rentre pas dans cette spiritualité on ne peu pas comprendre le fond des choses. Et dans ce cas on reste toujours dehors, même si l'on rentre dans une église orientale.

Si l'on regarde une icône avec attention et l'ouverture, elle va commencer à nous regarder. Mais aussi ce regard sur l'icône va changer aussi mon visage.

Je vais proposer un texte d'un prêtre orthodoxe, russe, qui s'appelle Pavel Florensky.

C'est un érudit qui est né en 1882 au Caucase, d'un père russe et d'une mère arménienne. Il a été fusillé par les communistes en 1937.

De ce prêtre martyre, son ami, le père Serge Boulgakov disait :« C'était non seulement un être génial, mais encore une oeuvre d'art. Il était non seulement né tel, mais il était le produit de son propre travail spirituel »

C'est lui encore que Rozanov appelait « le Pascal russe du XX siècle. »

Voici ce que dit ce prêtre dans son livre qui s'appelle : « l'Iconostase ».

 

§(24) « L'opposition ontologique entre ces deux visions : l'une de la pauvreté et l'autre de la plénitude (c'est-à-dire l'une qui s'arrête à la frontière de ce monde et l'autre qui va au-delà), pourrait être suggérée par l'opposition des mots : LICINA (masque) et LIK (visage d'icône). Mais sur la même racine on trouve encore en russe le mot LICO (visage). Commençons par lui.

§(25) Le visage est ce que nous voyons dans l'expérience diurne, ce par quoi nous sont manifestées les réalités du monde d'ici-bas, et le mot lico (visage) peut - sans aucunement faire violence à la langue - s'appliquer non seulement à l'homme mais à d'autre êtres et à d'autre réalités (en fonction de nos rapports avec eux) : ainsi nous parlons par exemple du visage de la nature etc.... On peut dire que le mot « visage » est presque synonyme du mot « vision », mais uniquement pour la conscience diurne.

Le visage n'est ni irréel, ni anti-objectif, mais la frontière du subjectif et de l'objectif dans le visage n'est pas donnée nettement à notre conscience, et du fait de ce flou, nous qui savons parfaitement que ce que nous percevons est réel, ne savons pas (ou pas clairement) ce qui est vraiment réel dans nos perceptions.

Autrement dit, la réalité est présente dans la perception du visage, mais elle est cachée. Elle est absorbée par la connaissance et forme la base subconsciente d'autres processus cognitifs. On peut dire encore que le visage, c'est la nature à l'état brut, le matériau sur lequel travaille le portraitiste, mais qui n'est pas encore artistiquement recréé.

Lorsqu'il le sera (au sens littéral du mot) une image artistique sera née, le portrait comme mise en foi-me typique (mais no idéale) de la perception : c'est l' « esquisse » de quelques lignes fondamentales de la perception, l'un des schèmes possible sous lequel on peut classer le visage donné, mais en fait ce schème est présent autant qu'un autre, que de nombreux autres et en ce sens il est extérieur par rapport au visage, définissant par soimême non seulement et non pas tant l'ontologie de celui dont l'artiste a fait le portrait, que l'organisation cognitive de l'artiste, ses moyens artistiques.

Tandis que le visage d'icône, la face (LIK) est la manifestation de l'ontologie.

Dans la bible l'Image de Dieu se distingue de la ressemblance de Dieu et la tradition de l'Eglise depuis longtemps expliqué que la première doit sous-entendre quelque chose de réel, un don ontologique de Dieu, le fondement spirituel de chaque homme en tant que tel, tandis que la ressemblance désigne une potentialité, une capacité de perfection spirituelle, la force de façonner toute la personnalité empirique, d'en faire entièrement l'image de Dieu, c'est-à-dire la faculté d'incarner dans notre vie et notre personnalité ce qui nous est le plus précieux, et ainsi de le manifester sur notre visage.

C'est alors qu'est donnée à notre visage l'expressivité de sa structure spirituelle, à la différence du visage ordinaire et aussi à la différence du portrait artistique, non en vertu de motifs extérieurs à lui, compositionnels, architectoniques, caractérologiques etc.., et non dans la représentation, mais par sa réalité matérielle et en harmonie avec la destination fondamentale de son propre être.

Tout le fortuit, dû à des raisons extérieures à cet être, et en général tout ce qui dans le visage n'est pas rien que le visage, est écarté par l'énergie de l'image de Dieu, qui jaillit comme une source malgré l'épaisseur de l'écorce matérielle. Le visage est devenu visage d'icône.

Le visage d'icône (lik) est la ressemblance de Dieu réalisée dans le visage. Lorsque nous voyons la ressemblance de Dieu, nous sommes en droit de dire : voici l'image de Dieu et l'image de Dieu c'est aussi le Prototype représenté par elle. Le visage d'icône est le témoignage rendu à ce Prototype, et ceux dont le visage a été transfiguré en visage d'icône proclame sans paroles, mais rien que par leur aspect, les mystères du monde invisible.

 Si nous nous souvenons qu'en grec LIK, le visage d'icône s'appelle IDEE, eidos, idea, et que c'est justement dans ce sens de Visage d'icône, être spirituel manifesté, sens éternel contemplé, beauté supracéleste d'une certaine réalité, son prototype d'EN-Haut, un rayon de la Source de toutes les images - que Platon utilise le mot « IDEA » et c'est de là qu'il se répande dans philosophie, dans la théologie et même dans la langue de tous les jours, si l'on fait le chemin inverse de l'idée au visage d'icône, la signification de ce dernier apparaît clairement.

§(26) L'antipode du visage d'icône (lik), c'est le masque (licina). Le sens premier de ce mot masque est larve, qui permet de désigner quelque chose de semblable au visage, qui lui ressemble, qui se fait passer pour lui et qui est reconnu pour tel, mais vide à l'intérieur, aussi bien au sens physique, matériel, qu'au sens métaphysique, de substantialité.

Le visage est la manifestation d'une certaine réalité, et est considéré par nous justement come un intermédiaire entre le cognitif et le connu qui dévoile à nos regard et à notre contemplation l'essence du connu.

Sans cette fonction de dévoilement de la réalité extérieur, le visage perdrait son sens. Mais son sens devient négatif quant au lieu de nous découvrir l'image de Dieu, non seulement il ne donne rien de tel, mais il nous trompe en désignant fallacieusement l'inexistant. C'est alors un masque. Et en utilisant ce mot, nous ferons complètement l'abstraction de la fonction ancienne, sacrale, des masques, et du sens correspondant du mot : larva, persona, prosôpon, etc.., car alors les masques ne seraient plus des masque au sens où nous l'entendons, mais seraient une sorte d'icônes. Or quand le sacré s'est disloqué, éventé, et que cet accessoire sacré du culte a été affecté à des fonctions laïque, c'est alors, à partir de ce blasphème vis-à-vis de la religion antique, qu'est né le masque au sens o nous l'entendons actuellement, c'est-à-dire l'expression mensongère de ce qui n'existe pas en réalité, une supercherie mystique, qui même dans le contexte le plus frivole, a un arrière-gout d'horreur. »

 

(du livre « La perspective inversée, suivi de l'Iconostase » du père Paul Florensky, éd. L'Age d'Homme, pp 132-134)

 

Dans le travail de groupe on peut se poser certaines questions concernant l'icône.

- quelle est notre sentiment devant une icône ?

- est-ce qu'on l'a compare avec nos images religieuses ? - comment nous regardons et voyons un visage ? - comment il se présente pour nous ? - qu'est-ce que nous voyons dans un visage ? - est-ce que nous cherchons l'image de Dieu et où ? - est-ce que nous trouvons la ressemblance de Dieu ?

- est-ce que nous rencontrons des visages spirituels ? et

est-ce qu'ils nous disent quelque chose ?

- les visages que je rencontre dans la communauté et aussi en-dehors d'elle, est-ce qu'ils peuvent devenir des icônes pour moi ? Ou bien qu'est-ce qu'ils représentent pour moi ?

Plovdiv, 05.09.2007, Session sur la MO

 

II

(après-midi)

J'espère que la réflexion personnelle et en groupe n'était pas difficile. Peut-être que vous avez eu des difficultés pour tout saisir? Mais c'est normal ! Moi, non plus, qui suis dans les balbutiements concernant l'iconographie, concernant les icônes, je ne comprends pas tout. Mais cela me donne envie de connaître plus.

Cette après-midi, on peut continuer notre réflexion sur l'icône. Mais au préalable on peut partager quelques instants sur les questions qu'on s'est posés ce matin. Surtout la question de « visage ». Qu'est-ce qu'il présente dans notre vie quotidien un visage ? On en parle très rarement. Qu'est-ce qu'il ressort d'un visage ? Qu'est-ce qu'on y voit ? Un visage est-ce qu'il n'est pas un masque ?

La vision de celui qui peint une icône est en fonction de la foi dont St. Paul disait qu'elle est la « vision de l'invisible » (Hébreux, 11/1). Est-ce que cette expression n'est pas contradictoire ? Comment voir ce qu'il est invisible ?

On dit que pour tout moine qui est iconographe, la première icône doit être l'icône de la transfiguration pour que le Christ « fasse briller sa lumière dans son coeur ». Un manuscrit du Mont Athos prescrit pour le moine qui veut devenir iconographe: « qu'il prie avec larmes, afin que Dieu pénètre son âme. Qu'il aille au prêtre, afin que celui-ci prie sur lui et récite l'hymne de la Transfiguration » (cité par Evdokimov dans : « Orthodoxie », p.217)

Dans l'histoire, l'icône a été martyrisée. C'était fait par le mouvement des iconoclastes. L'icône est passé par le baptême de feu. Mais en touchant à l'icône on touchait au dogme christologique, et par là aussi à la maternité divine de Théotokos. Comme dit Paul Evdokimov, « la rationalisation du mystère ne s'arrête jamais à mi-chemin » (Paul Evdokimov « Orthodoxie », p.217).

Les iconoclastes ont été contre la présentation visuelle du mystère de Dieu.

Le 7-em Concile (Ecuménique nous dit que si la représentation divine du Christ nous échappe et si l'humanité toute seule, séparée du divin ne signifie plus rien, alors la personne du Christ est complètement détruite. Mais le génie des Pères du septième Concile exprime quelque chose de très important :« son humanité elle-même qui est l'image de la divinité » (Paul Evdokimov « Orthodoxie », p.218).

Et cela est lié à la parole même du Christ dans l'Évangile lorsqu'il dit : « Celui qui m'a vu, a vu le Père ». Ainsi est affirmée la fonction du visible dans son rôle iconographique : icône est l'image de l'invisible.

Je pense que c'est là que se trouve le critère fondamental de l'icône : être l'image de l'invisible. Est-ce que c'est normal pour nous, ou bien cela ne nous dit rien. Comment à travers de ce qui est visible aller jusqu'à l'invisible ?

Les Pères du Concile ont fait une parallèle intéressante entre l'Évangile - la Parole de Dieu, et l'iconographie. Voici ce que dit P. Paul Florensky :« Illuminés par la vision céleste, ces iconographe témoignaient avec leurs doigts de l'incarnation du Verbe ; ils philosophaient en couleur. Ainsi seulement on peut comprendre l'affirmation si souvent répétée des Pères de l'Église, confirmée par le Concile OEcuménique, sur l'équivalence de l'icône et de la prédication (kérygme). » (Paul Florensky, dans « L'Iconostase » p. 201).

Et on dit aussi que l'icône est un « Évangile visuel ». N'est-ce pas que c'est un peu étonnant pour notre mentalité latine où l'image n'a pas du tout cette signification. Comment, en effet, on peut d dire p l'icône qu'elle est, et peut être un « Evangile visuel»? Et Florensky continue en disant : « L'icône est pour les yeux ce que la parole est pour l'ouïe, car toutes deux ont le même contenu spirituel » (p.201)

Et voici ce que dit Evdokimov :« Le fondement biblique de l'icône est dans la création de l'homme à l'image de Dieu, ce qui démontre une certaine conformité entre le divin et humain, explique l'union des deux natures en Christ.

Dieu peut se regarder dans l'humain et s'y refléter comme dans un miroir, car l'homme est à son image. Dieu parle la langue humaine.

Il a aussi la figure humaine. Et certes, la meilleur icône de Dieu c'est l'homme ; pendant la liturgie, le prêtre encense les fidèles au même titre que les icônes, l'Église salue l'image de Dieu dans les hommes »(p.218).

Et le Concile de 860 nous dit aussi :« Ce que le livre nous dit par le mot, l'icône nous annonce par la couleur et nous le rend présent ».

Le but de l'icône est, comme on voit, de rendre présent ce qu'on voit. Comment rendre présent ce qui n'est pas là ? Qu'est-ce qu'il veut dire : une présence?

Qu'est-ce que cela veut dire être présent ?

Pendant une journée, on peut être dans différents endroits, mais est-ce que pour autant on est présent là où l'on est ? On voit plein du monde pendant une journée, mais est-ce pour autant qu'ils sont présents pour nous ?

L'icône n'a pas une réalité propre en elle-même. Elle est seulement une planche faite du bois. Mais justement, parce qu'elle tire toute sa valeur du fait qu'elle participe à« tout autre » elle devient un rayonnement de la présence. Mais cette présence n'est point localisée. L'icône seulement atteste cette présence « comme si on la contemplait face à face ». C'est bien curieux cela : comment une simple planche de bois devient attestation de la présence ?

Paul Evdokimov dit que toute ceuvre artistique se situe dans un triangle fermé. Et ce triangle est fait de l'artiste, de son ceuvre et du spectateur.

« L'artiste exécute son oeuvre et suscite l'émotion dans l'âme du spectateur, l'ensemble se trouve enfermé dans un immanentisme esthétique. » (p.222)

Et ce triangle et l'émotion religieuse qui peut l'accompagner restent très subjectifs.

Par contre, l'icône brise ce triangle et son immanentisme. Elle ouvre l'esprit à quelque chose d'autre.

L'icône, par son caractère sacramentel, « s'affirme indépendante et de l'artiste et du spectateur, et suscite non pas l'émotion, mais l'avènement d'un quatrième élément par rapport au triangle : l'avènement du transcendant, dont elle atteste la présence. L'artiste s'efface derrière la tradition qui parle, l'oeuvre d'art devient le jaillissement de présence, une théophanie (c'est-à-dire : manifestation de Dieu) devant laquelle on ne peut rester spectateur, mais devant laquelle on doit se prosterner dans l'acte d'adoration et de prière ». (p.222-223)

Ce qui est étonnant c'est que l'icône nous invite vers le transcendant, nous conduit vers lui, et permet l'avènement du transcendant. Elle atteste sa présence et devient une manifestation de Dieu (théophanie). Je ne sais pas si l'on est conscient de cela, et si nous sommes ouverts à cela ? Aujourd'hui on fabrique souvent les icônes pour la vente. On les achète comme souvenir, mais par derrière il n'y a rien pour dire son vrai sens ; elles restent fermes pour notre mentalité. Peut être leur emploie est seulement un ornement, ou bien pour témoigner où l'on est passé des vacances.

Un tableau courant reproduit pour la vue quelque chose qui n'existe plus. Par cela il atteste l'absence ou l'inexistence de ce qui représenté. Cela témoigne que le temps est irréversible et qu'on ne peut jamais retrouver deux fois le même visage.

L'icône, par contre, ne donne que le strict nécessaire et rend présent original, fait surgir sa présence dans la plénitude de tous ses éléments archétypiques. « De la manière la plus paradoxale, l'iconographie construit le corps visible de l'Église, mais en réalité celui-ci est l'invisible de l'Église, son lieu de manifestation. La théologie apophatique, l'ascétisme interdisent toute image et toute imagination dans la vie mystique et pourtant ils affirment et imposent l'icône. C'est que justement l'icône, dans son symbolisme, touche à son propre apophatisme, elle supprime toute illustration, elle ne dessine jamais le transcendant, elle ne le « chosifie » pas, elle dessine la présence, et ses règles strictes sauvegardent le spirituel de toute objectivation pas le sensible ». (P. Evodkimov, p.223)

Mais cette considération sur l'icône va encore plus loin dans la Tradition Orientale. Et je termine avec cela.

Toutes les parties de l'Église, comme bâtiment, sont intégrées au mystère de la liturgie, et c'est cela le plus important. Sans cette considération on ne comprendra jamais une icône en dehors de cette intégration.

Il est important de comprendre la place de la liturgie dans la Tradition Orientale. La liturgie elle-même dans tout ce qui la fait, est l'icône de toute l'économie du salut. Je ne sais pas si nous, qui sommes d'origine plutôt de la Tradition latine, nous donnons la même importance à la messe ?

Dans le chant des Chérubins qu'on dit pendant la liturgie, il est dit: « Nous qui mystérieusement représentons les Chérubins et qui chantons à la vivifiante Trinité l'hymne trois fois sainte » Cela veut dire que nous somme réellement dans la Divine liturgie.

Les hommes sont associés à cette Divine liturgie au point de devenir les icônes des chérubins :« Nous qui mystérieusement représentons les Chérubins... »

Cela va encore plus loin. « La liturgie, ici-bas, devient l'icône de la liturgie céleste, et les hommes sont des icônes du ministères angélique d'adoration et de prière.

Tout est participation et présence. Toute parcelle de l'être créé, dans son existence même, dit la prière eucharistique :« ce qui est à Toi, nous Te l'offrons ».

A travers tout ce mouvement, le fidèle contemple le mystère de Dieu, « voit ses aînés, apôtres, martyres, saints bien présents, il co-participe avec eux à l'éon céleste ; coliturge des anges il chante l'Esprit de la Beauté :« Dans tes saintes icônes nous contemplons les tabernacles céleste et nous exultons d'une joie sacrée ». (citation de l'office du premier dimanche de Carême) (P. Evdokimov, p 225)

Voilà où arrive le mystère des icônes : elles deviennent « les tabernacles céleste » Tout cela nous dit qu'elles ont une très grande importance dans la Tradition orientale et que l'approche de ces icônes est bien différante de l'approche des images pieux dans la Tradition latine.

Bien sûr, on pourrait parler encore beaucoup sur les icônes, et surtout comment elles se font, quelle couleur on doit employer pour exprimer telle ou telle chose du mystère, de même comment se fait la préparation du bois sur lequel l'icône va se réaliser. Mais peut-être que vous pourrez continuer votre recherche par la suite.

Moi, non plus, je ne connais pas bien cette Tradition ; je suis encore pas mal éloigné de cette spiritualité. Mais je suis persuadé quelle peut m'aider, aider chacun de nous, à s'approcher plus près du Mystère de Dieu.

Alors, bonne recherche !

 

HOME