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Istanbul, l'ancienne Constantinople Byzance a vu se
succéder les trois empires romain, byzantin et ottoman. Au début du 20e
siècle, avec l'avènement de la République Turque après la chute de
l'Empire Ottoman, le passé chrétien qui s'était maintenu jusque là s'est
effacé progressivement. Dans la mégapole
d'Istanbul qui dépasse les 15 millions d'habitants, toutes confessions
chrétiennes confondues, on n'arrive pas à rassembler 100.000 fidèles.
Cependant, la plus grande partie de la population chrétienne de Turquie
est concentrée à Istanbul.
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Pour comprendre les relations entre les Églises
dans cette ville, il faut toujours avoir devant les yeux cette
situation très minoritaire dans une masse sociologiquement musulmane.
Il est bien connu que le fait de devoir affronter les mêmes
difficultés rapproche les gens. La situation minoritaire des chrétiens
est certainement un élément qui pousse à une certaine convivialité,
mais aussi la
découverte de tout ce qui nous unit et les progrès du dialogue
oecuménique ces dernière décennies aident à mettre en oeuvre la
fraternité chrétienne. |
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Les confessions chrétienne à Istanbul
1) Le Patriarcat Œcuménique.
L'institution la plus prestigieuse depuis les origines de la foi
chrétienne sur les rive du Bosphore est sans conteste le Patriarcat
Œcuménique. A part la parenthèse du Patriarcat Latin de Constantinople au
lendemain de la prise de la ville par les croisés, l'Église catholique se
souvenant du temps de l'Église indivise pour rendre hommage à cette
institution vénérable nomme seulement
un Vicaire Apostolique pour gouverner le diocèse latin de cette cité
historique
Malgré ce prestige incontestable, la situation de l'Archevêché grec
orthodoxe est devenu une réalité très modeste au point d'en faire
numériquement une des plus petites Communautés chrétiennes locales. Le
petit nombre des fidèles limite d'autant les possibilités de collaboration.
Du reste, le Patriarcat, Primat de l'Orthodoxie mondiale s'investit
davantage dans sa mission internationale que dans la pastorale locale et
en plus il gère environ une centaine de diocèses dispersés à travers le
monde. Le Phanar est un petit Vatican avec les fidèles en
moins. Cette situation influe forcément sur le style de nos relations.
Beaucoup de Catholiques en commençant par le Pape viennent visiter le
Patriarche et nous sommes souvent impliqués dans ces visites.
Bartholomaios est un homme très cordial et il a ses délégués pour les
questions locales de pastorale ordinaire.
En ce domaine les choses se passent plutôt bien, à condition de rester
dans les limites du droit de chaque Eglise (pas de prosélytisme, pas d’intercommunion,
respecter la coutume locale dans les mariages mixtes)
2) Le Patriarcat arménien.
Créé par Mahomet II le conquérant de Constantinople, cette institution
rassemble plus de la moitié des chrétiens de la ville et fait preuve dune
certaine vitalité avec ses écoles, hôpitaux, fondations religieuses et
publications. C’est donc avec cette Communauté que nous sommes appelés à
avoir les rapports les plus fréquents. N'ayant pas accepté le Concile de
Chalcédoine, on les appelait monophysite, mais après les dernières
déclarations christologiques avec le Pape, cette question semble en voie
de dépassement. Мême si l'intercommunion est prévue entre nos Eglises en
cas de nécessité, сe cas se ne réalise pratiquement jamais. Par contre i1
n'est pas rare que des Arméniens viennent communier dans nos églises, mais
i1 ny a pas réciprocité. Les Arméniens d’Istanbul très occidentalisés
cultivent cependant leur identité culturelle et leur langue. La conscience
de leur appartenance nationale ne fait qu'un avec 1'Eglise.
3) La Communauté syriaque.
Originaire de la Mésopotamie qui commence au Sud Est de la Turquie
actuelle pour se prolonger vers l'Irak et la Syrie, c’est la seule
Communauté o'arrivée récente à Istanbul. Pour des raisons politiques et
économiques, ces gens se sont
dispersés à travers le monde et une partie est venue s'installer dans la
plus
grande ville du pays tournée vers l'Europe. Ne disposant que dune petite
église, ils ont demandé l'hospitalité des églises latines (4), се qui
donne l'occasion de pratiquer un oecuménisme concret. Comme les Arméniens,
i1s sont théoriquement monophysites et très souples dans la pratique de 1'intercommunion.
I1s ont aussi une forte conscience de leur identité et les pasteurs
veillent à maintenir ie troupeau rassemblé.
4) Les Communautés protestantes.
а) Communautés historiques issues de la Réforme.
- L'Eglise anglicane composée surtout d'expatriés en provenance de tous
1es pays dans lesquels elle s'est répandue.
- L'Eglise luthérienne allemande tient une place particulière avec son
église propre et son Pasteur. Protestants et Catholiques allemands
entretiennent depuis longtemps des rapports très étroits et s'invitent
mutuellement à leurs célébrations importantes.
- Paroisses regroupant plusieurs dénominations dans un style plutôt
américain avec une branche turcophone.
b) Groupes dits "évangéliques".
Ils ont tendance à se multiplier en Turquie aujourd'hui et pratiquent un
prosélytisme agressif qui nous dérange parce que la population et les
autorités ne font pas la différence entre eux et nous. Il arrive cependant
que nous ayons des relations avec l'une ou l'autre des personnes
impliquées dans ces groupes et certains même se tourne vers l'Eglise
catholique.
5) Les Catholiques.
La même diversité se répercute au sein de l'Eglise catholique. Il n’y a
pas moins de 4 Ordinaires à Istanbul : 3 Orientaux (Arménien, Chaldéen et
Syrien) et 1 Latin. Les Orientaux ont juridiction sur tout le territoire
national tandis que les Latins se répartissent en 3 diocèses : Istanbul,
Izmir et Anatolie. A une époque récente, il y avait encore une Paroisse
greco-catholique. A la mort du dernier prêtre, la Congrégation pour les
Eglises Orientales a confié au Vicaire Apostolique Latin la juridiction
sur tous les Catholiques de rite byzantin en Turquie. Dans toutes les
rencontres, 1'Eglise catholique doit tenir compte de cette diversité pour
sa représentation.
Œcuménisme à Istanbul.
Compte tenu de la grande diversité des chrétiens d'Istanbul si l'on tient
compte de leur appartenance confessionnelle, on comprendra que les
relations oecuméniques se diversifient selon les cas.
Malgré le désir exprimé par le passé, il n'a pas été possible de
constituer un Conseil oecuménique des chrétiens d’Istanbul qui aurait été
utile pour faire certaines déclarations communes par exemple. A l'époque
lе projet achoppait sur une question de présidence de ce Conseil.
Plusieurs dont les Catholiques auraient souhaité que la présidence
revienne au Patriarcat oecuménique en raison de sa vénérable antiquité
mais le Patriarcat arménien a protesté en raison de son importance en
nombre de fidèles et proposé une présidence tournante par confession,
excluant les protestants qui seraient quand même membre du Conseil. De
plus, quand viendrait le tour des Catholiques, la présidence devrait être
confiée toujours à l'évêque latin au nom des autres, ce que nous n’avons
pas pu accepter.
Le projet ne semble plus d'actualité aujourd'hui, les questions communes
qui nous préoccupent vis à vis des autorités étant en ce moment plutôt d’ordre
temporel (le problème des biens fonciers), chaque groupe ayant un statut
légal différent, on est habitué à traiter ces choses chacun pour soi.
Bien que toutes les Communautés religieuses ne sont pas reconnues au même
titre par les autorités, la plupart, dont 1es Catholiques jouissent dune
reconnaissance de fait et reçoivent des invitations de certaines instances
officielles (Présidence de la République, Préfecture, Municipalité,
Présidence des Affaires Religieuses et aussi des institutions privées).
Curieusement, c’est à l'occasion de ces manifestations religieuses,
sociales ou culturelles, convoquées par des organisations non chrétiennes
que tous les leader religieux chrétiens se retrouvent et sont même appelés
à prendre la parole. Tout cela amène souvent 1es chrétiens à une
concertation informelle préalable. Pour ne pas alourdir la longueur des
discours on peut désigner spontanément un porte-parole de tous les
chrétiens, се qui constitue un petit témoignage d'unité !
Récemment, le Ministère de l'Education Nationale a demandé à certaines
personnes de différentes confessions chrétiennes de participer à la
rédaction du manuel de religion pour ce qui concerne le christianisme. Ces
personnes se sont spontanément adressées à leurs chefs religieux, се qui a
provoqué la création dune commission ad hoc qui produit un excellent
travail.
Médias chrétiens.
Chaque Communauté édite des journaux et magasines, mais l'accès à la radio
et à la TV est plus difficile pour des raisons de personnel qualifié et de
finances.
En ce domaine, seules des initiatives œcuméniques ont quelque chance d’aboutir.
Il existe depuis quelques années une radio chrétienne dirigée par un
converti qui n'affiche pas une appartenance confessionnelle déterminée et
se veut plutôt œcuménique tout en acceptant le soutien financier des
protestants américains. Il sollicite régulièrement les Catholiques pour
parler à son antenne.
Je donne les messages de Noël et de Pâques comme les autres chefs
religieux et il m’a aussi demandé d’intervenir au moment de la mort de
Jean-paul II. Toujours avec financement extérieur et protestant, une
chaîne de TV se met en place et demande notre contribution dans les
émissions. La difficulté côté catholique est le manque de personnes
compétentes (ceux qui parlent bien le turc manquent de formation
religieuse et les missionnaires bien formés parlent peu ou mal le turc au
risque de conforter limage dune Eglise étrangère).
Pastorale ordinaire.
Beaucoup de rencontres se réalisent au niveau des
diverses célébrations :
baptêmes, mariages, funérailles et à l'occasion de fêtes ou célébrations
particulières auxquelles on s'invite mutuellement (denier événement en
date, la visite du pape).
Chaque année un comité informel organise la semaine de prière pour l'unité
des chrétiens avec un programme qui comprend une prière chaque soir dans
une église différente.
Dialogue de la vie.
Aucune communauté chrétienne en Turquie ne peut ignorer les autres
confessions. Les fidèles se connaissent et entretiennent très souvent des
relations très amicales. Cela fait partie de la vie de l'Eglise catholique
qui n’est pas seule mais de facto une Eglise chrétienne parmi les autres.
Ceux qui viennent de pays catholiques ont parfois de la peine à prendre la
mesure de cette situation qui change selon les lieux. Là où la hiérarchie
des autres Eglises est bien implantée comme à Istanbul cela demande
beaucoup de délicatesse de part et d’autre. Quand on prend les précautions
voulues en maintenant le dialogue avec les hiérarchies respectives, une
collaboration harmonieuse est possible au niveau des groupes de jeunes, de
la formation chrétienne, des activités culturelles et sociocaritatives.
Depuis quelques temps, se fait jour le désir d’un témoignage chrétien
commun dans le pays. Curieusement, ce sont souvent les autorités et
institutions turques qui invitent les responsables religieux et les
obligent à se concerter.
Comme cela arrive dans tous les pays où un groupe est minoritaire, on peut
parfois être plus sollicité à l'extérieur qu'à l'intérieur, се qui pose
des problèmes au personnel religieux étranger qui ne s'était pas forcément
préparé pour de tels engagements ou qui estime ne pas en avoir le charisme.
Pour faire bref, disons que l'offre ne correspond pas toujours à la
demande.
Conclusion.
La question posées était "Relations entre Eglises". Sans tomber dans un
optimisme béat, on peut dire que dans la mouvance de l'oecuménisme promu
par 1е Concile Vatican II beaucoup de progrès а été fait. Il suffit de
relire les chroniques de nos anciens Religieux pour comprendre qu'à une
époque relativement récente (jusqu'à la moitié du 20е siècle), les
relations étaient souvent tendues, dans un climat de rivalité. Aujourd'hui,
les relations sont généralement cordiales, voir chaleureuses et
fraternelles. Quand on vit dans un pays totalement dominé par la culture
de l'Islam même modéré et en but lui aussi à la sécularisation, on saisit
mieux la spécificité de l'être et de l'agir chrétien et les différences
confessionnelles ont forcément tendance à s'estomper.
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